Avec la très médiatisée et très politisée vague de violence à Marseille, il était très étonnant que l'on ne nous est pas encore ressorti l'éternelle antienne de la progression du vote Fn, en lien évidemment avec cette "montée" de la violence dans la ville. C'est désormais chose faite avec, comme toujours, un sondage qui tient lieu désormais de nec plus ultra de l'enquête de terrai. selon ce sondage, donc, le parti de Mme Le Pen obtiendrait donc 25 % au premier tour de l'élection municipale dans la cité phocéenne et devancerait même le parti socialiste.

Il n'est pas question ici de se mettre des oeillères et de se voiler la face. Il est certain que le parti de la famille Le Pen rencontre un écho grandissant dans l'opinion, et pas seulement dans les couches populaires. Les raisons en sont évidemment multiples. La crise économique évidemment qui favorise le repli sur soi et la peur de l'autre ; le profil d'apparence plus lisse de Mme Le Pen ; la complaisance évidente de certains journalistes envers le FN et ses thèses ; la récupération des idées de l'extrême-droite par une frange importante de l'UMP ; l'incapacité du parti socialiste a mener une politique qui se différencie de ses prédecesseurs ; la difficulté du Front de gauche à se sortir de ses querelles intestines et à porter une alternative qui soit vraiment de gauche.

Cependant, pour réelle qu'elle soit, cette poussée est à relativiser, même si dans les discours médiatiques on a presque l'impression que cette "vague" brune est inéluctable et que le parti de Mme Le Pen est aux portes du pouvoir. Il en est encore loin heureusement.

En premier lieu, si le FN est le seul parti à vraiment progresser dans toutes les enquêtes d'opinion, c'est surtout l'abstention et le rejet des politiques qui a le vent en poupe, or curieusement celle-ci n'est jamais mesurée dans les sondages, nous laissant croire à une participation massive. La progression nationaliste est donc à lire à l'aune de cette abstention qui s'annonce forte.

Ensuite, pour en revenir au sondage sur Marseille,  le candidat FN est donné à 25 %, ce qui constitue une forte progression par rapport à 2008, dans un contexte de creux de la vague du FN et par rapport à 2001 où l'extrême-droite partait divisée avec Bruno Mégret face au FN. Cependant, par rapport à 2005, la progression n'est que de 3 %, de même par rapport au résultat de Mme Le Pen à la présidentielle. Surtout, on a tendance à oublier que le FN a toujours réalisé de gros scores à Marseille. A tel point que Jean-Marie Le Pen était en tête dans la ville aux présidentielles de 1995 et 2002. L'extrême-droite, toutes tendances confondues pesait même plus de 27 % en 2002. Le sondage pour les municipales de l'an prochain, démontre donc que nous dans un étiage élevé, mais qu'il n'y a pas de poussée spectaculaire par rapport au passé.

Dans le même ordre d'idées, avec seulement 21 %, on pourrait être enclin à penser que le score du PS est particulièrement faible. Ce serait oublier qu'en 2001 et 2008, c'était une liste d'union de la gauche, incluant même, chose très rare, Lutte Ouvrière, en 2008. Ainsi, si le total gauche est en forte baisse par rapport à 2008 (dans une contexte de rejet de la droite et de forte poussée de la gauche), il est peu ou prou le même qu'en 2001.

Bref, ce qu'indique surtout ce sondage, c'est que sur les 20 dernières années, les rapports de force ont guère changé à Marseille. Tout juste constate-t-on une légère érosion de la gauche et une progression, relative donc, du FN. Loin de la "vague" brune que l'on nous suggère fortement.

 

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