Voilà une sortie qui n'est pas innocente ! L'ancien président de la Commission Européenne a émis l'idée que le Royaume-Uni pourrait sortir de L'Union Européenne (ici). Mr Delors a reconnaissons-le, gardé une certaine aura auprès des Français dès lors qu'il s'agit de l'Europe ; et comme il s'exprime peu, sa parole n'en est que plus précieuse.

Or, en suggérant que l'Europe pourrait envisager une autre forme de partenariat avec les Britanniques, et donc que ceux-ci sortent de l'Union, il sait qu'il fait mouche auprès de l'opinion publique, et particulièrement chez les Français. En effet, nous avons toujours été rétifs face au positionnement ultra-libéral des Anglais, et souvent nous comprenons mal leur manque de solidarité envers les autres pays européens. Nul doute que les propos de Jacques Delors ont tout pour plaire. Seulement attention, parce que la phrase est à double sens, et ce qu'elle induit est plus pernicieux que ce qu'elle dit. Si le Royaume-Uni doit quitter l'Europe parce qu'il est trop libéral et individualiste, cela sous-entend donc dans le même temps que l'Union Européenne, elle, ne serait pas libérale.

Et c'est là tout le problème. Mr Delors fait donc porter le chapeau de la déconfiture actuelle de l'Europe, comme s'ils étaient seuls responsables des dérives libérales de l'Union. Mais ce ne sont pas les Anglais qui imposent la "concurrence libre et non faussée" a tous les étages, ce ne sont pas les Anglais qui distribuent les aides agricoles en priorité aux gros producteurs plutôt qu'aux petits exploitants, ils ne sont pas seuls responsables de libre circulation des capitaux alors qu'il n'y a aucune harmonisation fiscale, etc., etc. on pourrait décliner à l'envie.

Non, le problème n'a rien avoir avec les Anglais. ce n'est d'ailleurs pas non plus l'Europe elle-même, le problème, non c'est ce que l'on fait en son nom qui nous mène dans le mur. Le problème, ce sont les dirigeants de l'Europe qui mènent une mauvaise politique. Le politique ce sont les chefs-d'états des 27 pays membres qui en sont les complices en avalisant chaque dérive. Et c'est peut-être un peu nous aussi, citoyens européens, qui ne s'intéressent à la politique que lorsqu'elle est nationale ou locale, alors qu'elle est internationale.