Ce qui se passe actuellement à Tombouctou, dans le nord du Mali est grave, très grave. Un groupe terroriste armé qui tient la ville menace de détruire les mausolées et la vieille bibliothèque de la ville. Ces monuments sont des trésors inestimables de l'humanité, classés au patrimoine mondiale de l'UNESCO.

Pour bien comprendre l'histoire, il faut savoir que la rébellion touareg au nord du pays cherche à obtenir son indépendance depuis longtemps. Jusqu'ici, toutes leurs tentatives militaires ou diplomatiques avaient échoué. Mais en 2012, le pouvoir central de Bamako est renversé par un coup d'état militaire. Cette fois-ci, les Touaregs, désormais alliés à des islamistes dissidents de l'AQMI profitent de l'affaiblissement de l'Etat pour conquérir rapidement toutes les grandes villes du nord, débouchant ainsi sur une coupure du pays en deux.

Les Touaregs, laïcs, proclament l'indépendance de la partie nord, mais leurs alliés islamistes ne l'entendent pas ici. Ils veulent conquérir la totalité du pays pour y installer la charia. Mieux organisés, mieux armés, ils finissent par supplanter les Touaregs. Désormais, on peut considérer que ce sont eux qui dirigent le nord du pays.

Face à la menace, l'Etat malien demande à l'UNESCO de l'aider à protéger les trésors inestimables de la ville de Tombouctou, ce que l'organisation internationale fait en plaçant la ville sur la liste des sites en danger. En représailles, les Islamistes décident donc de détruire les plus beaux monuments de la ville, notamment les mausolées. En principe, cela devait être fait aujourd'hui.

Cette destruction, si elle devait avoir lieu serait une catastrophe non seulement pour le Mali, mais pour l'Humanité entière. Les mausolées, les bibliothèques sont précieux pour ce qu'ils représentent aux points de vue historiques, culturels ou religieux. Mais surtout, ils sont la preuve irréfutable que les cultures africaines ne sont pas seulement orales, comme on le dit souvent pour rabaisser les Aficains, mais qu'elles reposent elles aussi sur des savoirs ancestraux, des savoirs écrits.

Ce qui est jeu ici, c'est un pan complet de notre mémoire collective. Il est stupéfiant et navrant de voir le peu d'empressement de la communauté international pour intervenir. Pourtant, les Occidentaux ont bien su presser le pas quand leurs intérêts économiques, en lybie par exemple, étaient menacés. Au Mali, ce qui risque d'être détruit n'a pas de valeur marchande mais vaut bien plus cher. Mais qu'attend-on bon sang !