Eh non, fidèle lecteur, je n'ai pas retrouvé de matériel, je profite seulement de la possibilité d'utiliser un écran et donc de poster un billet en attendant une solution pérenne à mes problèmes.

 

Ce billet est le résultat d'une colère que j'ai eu ce matin en écoutant la radio. Je ne citerai pas la station, simplement, il y a sur les antennes une nouvelle mode nauséabonde qui consiste à considérer que l'on fait de l'information en donnant la parole aux auditeurs, et en considérant que sur chaque sujet, l'avis de citoyens lambda qui ne maîtrisent souvent qu'une infime partie du dossier, vaut autant que celui de spécialistes ou de professionnels. Ainsi, les journalistes dont le rôle est d'informer se transforment en animateur, et la vox populi devient peu à peu la vérité première.

L'objet de mon courroux vient du fait que j'ai entendu pour la énième fois une personne vociférer contre l'Education Nationale. Elle s'exaspérait tout à trac contre ces professeurs prétendus feignants parce qu'il ne travailleraient que 18 heures par semaine, et contre cette logique portée par la gauche qui consiste à augmenter les moyens en terme de personnel, la solution passant pour cette personne par une modification en profondeur des méthodes d'enseignement plus que par une augmentation du nombre d'adultes devant les élèves. Il s'agit là d'idées, qui sous couvert d'être iconoclastes, foisonnent dans ces émissions de prétendu débat et ne sont que très rarement remises en cause par les journalistes présents, même si en l'occurence l'honnêteté m'oblige à reconnaître qu'un professeur a très bien porté la contradiction. Mais peu importe cette contradiction, l'essentiel étant que les propos discriminants envers l'Education Nationale soit entendus et répétés le plus souvent possible.

Pourtant, à l'instar de ce qu'avait répondu le professeur, il est assez facile de démontrer que l'augmentation massive du nombre de professeurs dans les années 70, 80 et 90 a eu des bénéfices. C'est d'ailleurs tellement facile, qu'à bientôt 42 ans, c'est la première fois que j'ai entendu cette démonstration sur une antenne de grande écoute.

L'argumentation consiste en un seul chiffre qui n'est jamais communiqué : celui du nombre d'élèves sortis sans qualifications de l'école en 1975, c'est à dire 25 %. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 5 %, c'est à dire que le nombre d'élèves quittant l'école sans rien a été divisé par 5 en 35 ans (on peut consulter les chiffres sur le site du ministère de l'Education Nationale).

Il faut dire qu'en 1975, le diplôme ou la qualification était moins une obsession, à cette époque nous étion encore en période de plein emploi, et du travail, il y en avait, diplômes ou pas. Avec les crises pétrolières de 1974 et 1979, les choses ont changé avec l'arrivée d'un chômage massive. A partir de ce moment-là, ce sont ceux qui avaient le plus de qualifications qui avaient le plus de chances. Il a donc fallu adapter l'enseignement, favoriser de plus en plus les études longues, et par conséquent l'augmentation massive du nombre d'enseingnants est devenue inéluctable.

L'evolution à la hausse des moyens alloués à l'école que ce soit en terme humains ou matériels, s'est bel et bien traduit par une évolution bénéfique du niveau de qualification des élèves. Et cela profite à tous, aux élèves évidemment, mais également aux entreprises qui trouvent sur place du personnel mieux formé et qualifié, et à la société qui voit le niveau culturel moyen s'améliorait.

Il est certainement possible d'améliorer encore ce système par des réformes internes sur les contenus, le temps d'enseignement ou la formation, mais il est criminel pour la société entière de continuer à nier que les suppressions massives d'effectifs de ces dernières années, à but purement économique et non éducatif n'ont pas eu d'effet négatif sur la qualité de l'enseignement en France. Et il serait plus que temps que les medias cessent de déléguer à n'importe qui le devoir d'informer qui devrait constituer le coeur de leur mission.