Allez, comme d'habitude après chaque scrutin, je fais un petit bilan sur les enseignements que l'on peut en tirer, et c'est fois-ci, il y en a plein.

 

Le Front de gauche : la première chose sur laquelle il faut revenir, c'est forcément la défaite de Mélenchon, puisqu'elle a été sur médiatisée. Elle est certes à relativiser, puisqu'il augmente fortement son score de la présidentielle, et que la partie était loin d'être jouée à l'avance. Pour autant, cette défaite signe l'échec de la stratégie frontale contre le FN. En faisant de lui son adversaire principal Jean-Luc Mélenchon lui a donné une tribune inespérée, mais surtout il a occulté que le véritable adversaire était la droite et le libéralisme et il a passé aux oubliettes les innombrables propositions du Front de gauche, alors même que cela lui avait permis de percer pendant la présidentielle.

Le second élèment concernant le Front de gauche, ce sont évidemment les multiples députés sortants qui sont battus, entraînant ainsi le fait que le Front de gauche n'aura pas de groupe à l'assemblée, et amplifiant le sentiment de défaite. Il fallait pourtant s'y attendre, ces élus n'ayant le plus souvent étaient maintenus sous respiration artificielle que par la volonté du PS. En choisissant une volonté d'affrontement avec les socialistes, il devenait évident que la situation de certains élus serait critique. Encore plus dans un contexte de vote utile certain.

Pour autant, cela cache le véritable enseignement concernant le Front de gauche. Avec prés de 7 %, s'il ne réalise pas les scores  de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, le Front de Gauche augmente de 75 % les résultats obtenus par le PCF en 2007. Il démontre ainsi qu'il est en train de s'installer durablement et qui plus est, sur l'ensemble du territoire. En outre, certes il perd de nombreux élus, mais cela aura pour effet de rendre quasi impossible le ralliement des communistes au gouvernement, faisant du Front de gauche la seule force d'opposition à gauche. Même sans groupe à l'assemblée, malgré la défaite de Mélenchon, le Front de gauche a un avenir.

 

Les écologistes : En apparence, avec plus de 5 % des suffrages, ils améliorent grandement leur résultat de 2007. De plus, ils pourraient même obtenir pour la première fois un groupe à l'assemblée, ce qui leur permettrait d'avoir une tribune. Sauf que tout cela ne peut masquer la réalité. Sans l'accord avec le PS qui leur a réservé une soixantaine de circonscriptions, les verts ne décollent pas des 2 %, voire moins dans la plupart des circonscriptions. Alors même que depuis 2007, il y avait une véritable dynamique autour d'eux, les écologistes tué celle-ci en signant un accord de gouvernement désavouant leur propre candidate à la présidentielle et renvoyant l'image d'un parti d'arrivistes seulement préoccupé par les maroquins. 

Les scores très elevés obtenus par les dissidents socialistes qui se présentaient contre  des candidats écologistes démontrent qu'il y a bien une incompréhension entre les électeurs de gauche et les écologistes. Il y a fort à craindre pour eux  que le PS ne leur ait fait le baisser de la mort, à l'instar de ce que fut le Programme commun pour le PCF.

 

Le MODEM : La présidentielle et donc maintenant les législatives viennent de démontrer une fois de plus ce qu'avec beaucoup d'autres je ne cesse de clamer depuis 2007 : le centre n'existe pas. Le ni droite ni gauche ne peut-être qu'une posture qui au final finit toujours par faire la politique de la droite, en entraînant malheureusement parfois la gauche avec lui.

Il s'agit donc d'un nouveau désaveu pour François Bayrou et sa stratégie de la troisième voie. Le MODEM pourrait ne plus être représenté à l'Assemblée, et François Bayrou devrait être battu, ce que l'on pourrait regretter, son courage politique entre les deux tours de la présidentielle aurait probablement mérité plus de considération de la part du PS.

 

l'UMP : Dimanche soir, Jean-François Copé se réjouissait bruyamment  que son parti soit à égalité avec le PS. Il n'y a pourtant pas de quoi. Il oublie qu'avec 35 % l'UMP représente l'ensemble de la droite républicaine, il n'a donc pas de réserves de voix contrairement au PS. Il oublie aussi qu'il s'agit d'un score historiquement faible pour la droite dans ce pays. Enfin, il oublie aussi qu'il faut relativiser le score du PS, celui-ci n'étant pas présent dans toutes les circonscriptions en raison des accords passés avec ses partenaires et que donc, il est largement devant l'UMP en terme de suffrages.

Mais au-delà des élections, on voit bien que ce qui se profile à l'UMP c'est la future bataille sur le contrôle de l'appareil et sur la stratégie à avoir face au FN. On sent bien que les digues mises en place par Jacques Chirac sont en train de rompre. Certes, il n'y aura eu finalement eu que peu de ralliements avec l'extrême-droite au second tour, un seul candidat, à ma connaissance s'étant désisté, mais depuis dimanche, ce sont bien les appels du pied au FN, les atermoiements des uns et des autres qui rythment la vie politique à l'UMP. La bataille idéologique qui est en train de se jouer à droite est de la plus grande importance pour l'avenir du pays et ne peut laisser indifférent à gauche, puisqu'il en va de la subsistance même d'un parti d'opposition en accord avec les valeurs fondamentales de la République.

 

Le Front National : Il faut bien le reconnaître, avec prés de 14 % au niveau national, il est impossible de parler d'échec pour le parti de Mme Le Pen. Pour autant, il ne s'agit pas de nouvelle percée pour le FN, celui ayant d'ailleurs dans le passé fait bien mieux, en 1997. Mais, là où il est fortement implanté le FN réalise des scores impressionnants qui lui permettront certainement d'avoir plusieurs élus dimanche prochain. En soi, d'ailleurs cela n'est pas choquant qu'un parti obtenant 14 % des voix puisse être représenté au parlement, cela pourrait même être une bonne chose, nous permettant enfin de pouvoir disséquer ce que sont ses positions réelles sur les vraies questions débattues à l'Assemblée Nationale et qui préoccupent les Français.

Toutefois, avec le FN si on s'en tient à ce que racontent les médias, on a toujours l'impression d'une montée inéluctable. Il convient donc de relativiser et de ramener les choses à leur juste mesure. Tout d'abord dans l'ouest, le sud-ouest de la France et la région parisienne (20 % des Français tout de même), le FN a toujours autant de mal à s'implanter, avec des scores très souvent largement en dessous des 10 %. Ce qui indique que s'il est dans certaines régions un vote d'adhésion, dans la plupart des cas, il reste encore et toujours un vote de contestation. Ensuite, pour l'instant la stratègie de grignotage de l'UMP ne fonctionne pas pour l'instant (même si rien n'est sûr pour l'avenir, voir au-dessus), un seul candidat UMP s'est désisté pour faire alliance avec le FN. Cette situation maintient le parti d'extrême-droite dans l'isolement. Enfin, même si elle fait plus de 40 %, Mme Le Pen n'est pas sûre de rentrer à l'Assemblée, ce qui pourrait la priver de la tribune qu'elle souhaitait.

 

Le Parti Socialiste : A l'évidence le grand vainqueur de ce premier tour. Un score parmi les plus fort jamais obtenu, des ministres obtenant de très bons résultats, des alliés en position de faiblesse, bref dimanche soir le PS a passé une très bonne soirée. En principe il devrait  confirmer dimanche soir, mais ce résultat qui lui promet une probable majorité à lui tout seul, l'oblige à l'excellence des résultats. 

Toutefois, il reste un second tour à gagner, et on sait depuis 2007, qu'une affaire bien engager peut se gripper à cause d'une petite déclaration inopportune. En gros, je pense évidemment à la pitoyable affaire du tweet de Mme Trierweiler. Cette affaire est pitoyable parce qu'elle n'est que médiatique, et on se fiche éperdument de ce que pense ou écrit Mme Trierweiler, première dame ou première dame. Pitoyable aussi parce que personne ne dénonce le vrai scandale : la candidature de Mme Royal à La Rochelle pour se faire réélire plus facilement et obtenir ainsi le fameux perchoir qu'on lui promettait pour bons et loyaux services. Les Rochellais semblent vouloir en décider autrement, grand bien leur fasse, ils rappellent ainsi qu'en démocratie on ne se distribue pas les postes à l'avance, il faut respecter le vote des Français.

Pour autant, j'ai bien une crainte : et si ce fameux tweet devenait la TVA sociale du PS ? Cela peut-il lui coûter des sièges voire sa majorité. Espérons que les Français ne soient pas aussi influençables.

 

L'abstention : hé oui, difficile de ne pas en dire deux mots. Elle est beaucoup trop élevée évidemment et il faut le déplorer, mais malheureusement elle est logique. Tout ceci n'est que la résultante d'un système qui marche sur la tête et qui a fait de l'élection la plus importante de la cinquième république, une chambre d'enregistrement de la présidentielle. Les Français ne s'intéressent pas à ce scrutin parce qu'on en a supprimé tout intérêt.  Certains parlent de voter le même jour pour les présidentielles et les législatives, à l'évidence la meilleure solution est autre : il faut supprimer l'élection présidentielle qui pervertit notre démocratie.