Dimanche 6 mai 2012 à 20 h : une libération. Même si la plupart des gens connaissent le résultat depuis plusieurs heures déjà, au moment où le visage de François Hollande apparaît sur les écrans de télévision, plus que de la joie, c'est d'abord un immense soulagement qui m'a envahi, qui a envahi des millions de Français. Pour la première fois depuis 24 ans, la gauche gagne enfin la reine des élections. Lavée l'humiliation de 2002, balayée la déroute de 2007. Mais surtout, nous avons sorti le sortant : éjecté Sarkozy.

Dimanche soir, c'était la liesse et l'insouciance, mais dès lundi matin, il faut se rendre à l'évidence, la victoire de François Hollande est une victoire par défaut. Plus que l'adhésion à un projet, c'est d'abord le rejet de Sarkozy qui l'a emporté. 

Et encore, il convient de se poser des questions. Malgré une impopularité record, malgré Karachi, malgré Kadhafi, malgré le Fiuquet's et le bling bling, malgré les appels du pied à l'extrême-droite, Nicolas Sarkozy réalise un score de plus de 48 %, ce qu'aucun institut de sondage n'avait prédit. La dimension du rejet a évidemment fortement jouée, mais ce résultat encore inespéré il y a seulement quelques jours prouve a contrario que ce n'est que la personne de Sarkozy qui est rejetée, pas sa politique.

C'est un fait que François Hollande ne pourra pas occulter : il sera un président de gauche dans un pays de droite. Certes, ce n'est pas une nouveauté, et François Mitterrand était déjà confronté à cette équation. Sauf que cette fois-ci, François Hollande va devoir faire face à une crise économique et politque sans précédent, et en plus il n'est pas assuré, loin de là de remporter les élections législatives, sans lesquelles il pas de changement possible.

En effet, forte du score de Nicolas Sarkozy et débarrassée de sa tutelle encombrante, la droite peut encore espérer sauver les meubles en juin. Certes, cela sera compliqué avec le Front National en embuscade, mais n'est pas impossible. Pour François Hollande, le moins que l'on puisse dire, c'est que son élection est d'abord un cadeau empoisonné : rarement un président n'a été autant attendu au tournant avec aussi peu de marge de manoeuvre.