Lundi dernier, le journal "Libération" faisait sa une sur le danger potentiel que représenterait la candidature de Mme Le Pen. Selon l'interprétation que faisait le quotidien d'un sondage, elle aurait un potentiel électoral de 30 %, au premier tour, ce qui effectivement serait énorme. Sauf que quand on ouvre le journal, on s'aperçoit que le sondage n'indique pas cela du tout (ici). On y apprend que 18 % des sondés seraient prêts à voter por Mme Le Pen (8 certainement, 10 probablement). A ces 18 %, le quotidien prend la liberté de rajouter les 12 % qui déclarent qu'ils ne voteront probablement pas pour elle. Au nom de quoi les rajouter, si ce n'est pour faire peur ou pour manipuler l'opinion.

Curieusement, il n'y a aucun commentaires sur le vrai chiffre intéressant, celui des 68 % qui excluent radicalement de voter pour elle, ce qui signifie quand même, que son élection est impossible à l'heure actuelle et qu'il y a toujours un rejet massif de l'extrême-droite dans ce pays. Mais ce n'est pas tout, on peut déplorer que les journalistes n'aient pas eu la curiosité de comparer avec le potentiel électoral de Jean-Marie Le Pen à quelques mis de l'élection.  Ils y auraient découvert que le potentiel électoral de Mme Le Pen est inférieur à celui de son père au mois d'octobre 2006 (ici), et même de beaucoup puisqu'il était de 25 % à l'époque contre 18 % aujourd'hui. Or, Jean-Marie Le Pen a fini à 10.5 %

Cette manipulation  des chiffres, ou plutot la mauvaise interpretation de ceux-ci ne date pas de ce sondage. Il est bien de se remémorer ce qui a été dit sur les résultats des cantonales. A l'époque, si j'en juge à tout ce que j'ai lu sur la toiel, j'avais été un des rares à relativiser la percée du FN (). Ultramédiatisation, surmotivation des électeurs frontistes, forte abstention qui jette un voile sur l'interprétation des résultats, je maintiens tous mes arguments d'alors, mais j'en rajoute un. En effet, là aussi si les journalistes avaient fait leur travail, ils auraient remarqué que le résultat du FN était en baisse en nombre de voix par rapport au scrutin précédent de 2004. Logique certes vue la forte abstention, mais vu le contexte où Mme Le Pen était l'objet de tous les débats politiques depuis 3 mois environ, où tout le monde avait prédit et annoncé sa progression, on peut penser qu'il s'agit d'une contre performance. Curieusement, personne n'a noté qu'un seul parti avait vu le nombre de ses électeurs augmenter, le Front de gauche.

Justement, j'en viens aux raisons qui poussent une part importante de la caste médiatique, et particulièrement le journal "Libération", qui ne cache pas qu'il roule pour François Hollande, à relayer cette idée selon laquelle le FN serait en forte progression.

Tout d'abord, je tiens à rappeler que si Mme Le Pen réalisait bel et bien le score de 17 à 20 % qu'on lui promet, ce serait inquiètant puisque cela signifierait qu'un cinquième des électeurs ne se reconnaissent plus dans les forces poltiques traditionnelles. Ceci dit, cela correspond peu ou prou au score de l'extrême droite en 2002, si on tient compte de Jean-Marie Le Pen.

Donc, le journal "Libération" roule ouvertement pour Hollande. C'est son choix, et au moins, il a le mérite d'être clair. Mais alors, on peut s'interroger, maintelir l'idée que le FN va faire un score important, n'est pas raviver le souvenir de 2002 et donc ainsi le vote utile à gauche (ou à droite), et donc favoriser les candidats PS ou UMP (voire MODEM), c'est à dire les candidats du système.

A gauche, favoriser le vote utile, cela revient à diminuer l'importance des écolos et surtout deu Front de gauche. Or, c'est bien de ce parti que provient la seule et vraie alternative au système économico-politique actuel, le vote FN n'étant pour ce dernier que le moyen le plus sûr de ce maintenir. Evidemment, les chances de voir Jean-Luc Mélenchon sont minces (Bien que je fasse partie de ceux qui y croient), mais s'il réalise un score important, la signification n'est pas la même que pour un vote d'extrême droite. On sait parfaitement que le Front de gauche s'appuie sur le mouvement social et sur la rue, et s'il réalisait un score d'environ 15 %, ce serait la promesse d'un automne social chaud. Et ça, les tenants du système, dont "Libération" fait partie, n'en veulent absolument pas.