Quand on a le coeur à gauche, on ne peut que se sentir dégoutté par le spectacle donné par les trois principales forces de gauche la semaine dernière. Alors qu'en principe, toutes les chances semblent réunies pour que le PS remporte la présidentielle (même si à titre personnel je considère que ce ne serait qu'un pis-aller) et chasse enfin du pouvoir la droite la plus dure, la plus injuste et la plus incompétente que nous n'ayons jamais eu, Front de gauche, écologistes et socialistes n'ont eu de cesse que d'afficher leurs différences au risque de remettre en marche la machine à perdre, et de donner ainsi des billes à la droite.

La grande affaire, ce fut évidemment les interminables négociations entre socialistes et écologistes sur le nucléaire. L'effet est désastreux. Un troc entre centrales nucléaires et circonscriptions législatives, ni plus, ni moins. Le pire de la politique politicienne, celle dont ne veulent plus les gens, celle où les choses importantes sont négociées en catimini dans le dos des Français. Le plus grave dans tout cela, c'est qu'on ne sait plus au final s'il s'agit d'un accord ou d'un désaccord. Au fond, d'ailleurs peu importe, puisqu'en soi ces négociations sont incompréhensibles, à court terme les uns et les autres n'y ayant pas intérêt.

Qu'est-ce qui peut bien pousser les socialistes à négocier avec les verts ? Alors que dans le même temps ils méprisent leurs alliés du Front de gauche, dont tout porte à croire qu'ils seront bien plus indispensables pour le second tour de la présidentielle ? Au mieux, les écologistes péseront entre 3 et 4 % au soir du 22 avril. C'est à dire rien ou presque. En acceptant de leur laisser une trentaine de circonscriptions gagnables, le PS donne une part bien plus importante aux verts que leur poids électoral. Qu'est-ce qui peut bien pousser Hollande à choyer ainsi un allié qu'il sait encombrant et incontrôlable, au risque de créer des remous dans son propre parti ? A 5 mois du scrutin, c'est franchement risqué. Sans compter que les tergiversations idiotes et incompréhensibles autour du MOX écornent l'image de présidentiable que François Hollande cherche à créer et renforcent le sentiment d'amateurisme.

 En ce qui concerne les verts, on voit bien ce qu'ils ont gagné : la quasi certitude d'avoir un groupe parlementaire et de pouvoir ainsi faire entendre leur voix. Mais alors, à quel prix ! Au prix du renoncement à certaines de leur propositions phares, comme le retrait du nucléaire. Au prix du désaveu de leur propre candidate à la présidentielle. Et au prix surtout de reniement de ce qui faisait jusque là la spécificité des écologistes, c'est à dire la volonté d'être un parti différent des autres, plus démocratique, plus ouvert qui ne rentre pas dans les jeux politiciens. En s'accaparant des sièges de députés avant même que les électeurs aient voté, ils donnent le sentiment d'être des politiciens comme les autres, seulement intéressés par les bonnes places plus que par la défense de leurs idées et de leurs idéaux. Quand en plus, on apprend que derrière ces négociations, il y a probablement des raisons budgétaires (chaque voix aux législatives permet d'avoir plus d'argent de la part de l'Etat), il y a de quoi désorienté définitivement les plus sincères des militants de terrain.

 Avec les bisbilles entres socialistes et écologistes, la droite avait déjà de quoi se réjouir. Malheureusement, il n'y a pas eu que cela. Jean-Luc Mélenchon à son tour y est allé de sa petite phrase assassine. Certes, comme toujours les médias n'ont ressorti que quelques mots d'une interview qui par ailleurs était passionnante sur les questions de fond et notamment la crise. Certes, en raillant François Hollande en "capitaine de Pédalo en temps de tempête", Jean-Luc Mélenchon fait mouche et exprime le ressenti de beaucoup de gens. Mais justement, était-ce à lui de le dire ? On aimerait  bien qu'il fasse preuve de la même efficacité face à Nicolas Sarkozy. Il en est capable comme le prouve sa magnifique prestation face au méprisable Jean-François Copé.  Mr Mélenchon doit faire attention, l'urgence pour ce pays est d'abord et avant tout de virer Sarkozy du pouvoir. Et rappelons quand même que pour le Front de gauche, même si je pense que le score de Jean-Luc Mélenchon sera la surprise du scrutin, l'élection importante, ce sont les législatives, celles qui leur permettront ou non de peser sur les orientations du futur gouvernement.

Il est temps que chacun reprenne ses esprits, que l'on rentre vraiment enfin dans la campagne présidentielle et que personne n'oublie les vrais enjeux : renvoyer Sarkozy à son propre bilan catastrophique, et contenir la poussée de l'extrême-droite.