Depuis 2008 et la crise, les mouvements de protestation se sont multipliés un peu partout en Europe. En Islande contre les banques, en Angleterre contre les tarifs universitaires, en France contre la réforme des retraites, en Espagne, au Portugal, en Grèce contre les plans de rigueur drastiques imposés par les gouvernements et le FMI. Outre qu'ils sont intimement liés à la crise économique, le point commun entre chacun de ces mouvements réside dans leur caractère défensif. Les mobilisations se font à chaque fois en réaction à une attaque contre des acquis sociaux ou contre le niveau de vie. Le système économique et la classe politique sont systématiquement rejetés, mais jusqu'ici, faute de perspective, ces accès de colère n'ont débouché sur rien.

 Ce qui se passe depuis le depuis de l'année est d'une toute autre nature. D'abord parce que c'est parti de là où l'on ne s'y attendait, même si des intellectuels comme Emmanuel Todd l'avaient annoncé : le monde arabe. Ensuite parce que ce que l'on appelle désormais le printemps arabe est motivé par la soif de démocratie, de liberté. Enfin, parce que ces mouvements de libération légitimes semblent avec ce qui se passe Espagne, trouver leur prolongement en Europe.

Si à Tunis ou au Caire on comprend facilement que les manifestants ne voulaient pas conserver leurs acquis, puisqu'ils n'en avaient pas, c'est également le cas en Espagne. Et c'est là que tout devient intéressant et passionnant. A Mardrid, à Barcelone et dans toutes les grandes villes, les gens se rassemblent pour discuter, pour parler d'un autre monde, pour réfléchir ensemble aux formes que celui-ci pourrait prendre. D'un seul coup, le rêve, l'utopie refont leur apparition sur la scène politique. Il était temps.

La "Spanish revolution" telle qu'elle plaît à se nommer à ceci d'exceptionnel qu'elle émane d'une jeunesse qui passe pour être une des plus précaire d'Europe, et surtout une des moins politisée. La plupart de ceux qui manifestent (même s'il n'y a pas que des jeunes), n'ont pas connu la Guerre froide et ont toujours vécu dans un monde où le capitalisme était triomphant. Le fait que se soit cette jeunesse qui réagisse aujourd'hui, qu'elle aspire à ce que son mouvement s'étende à d'autres pays est une formidablement réjouissant.

Nul doute que le chemin vers la liberté des pays arabes sera encore long. Personne ne sait sur quoi débouchera la "Spanish revolution". Mais ce qui est certain, c'est qu'une mécanique s'est enclenchée, la peur commence à changer de camp : la preuve, on veut moraliser internet ou interdire les manifestations. Tout redevient possible, parce qu'il est un mot qui refait enfin son apparition : l'espoir.

 Sur le Sujet :

 Gérard Letailleur appelle à la révolution citoyenne.

L'analyse que fait Jean-Luc Mélenchon sur son blog de la "révolution espagnole" est passionnante.

Sur d'autres sujets :

Jacques pointe du doigt la différence de discours de Mme Le Pen selon qu'elle est en France ou au Parlement européen.

K se prend pour Georges Pérec.

Ne jamais oublier le revue de web d'Olivier.