Autrefois, il était de bon ton de railler la classe ouvrière. Souvent décrit comme pauvre, sale et inculte, l'ouvrier avait de plus le mauvais goût de voter massivement pour les épouvantails communistes ou socialistes. En 2011, les choses n'ont guère changées. La classe ouvrière est magistralement absente de la plupart des grands médias, et lorsqu'il est question des quartiers populaires, c'est généralement dans la rubrique des faits divers. En fait, la seule chose qui ait changé, c'est la nature de l'épouvantail : aujourd'hui, c'est le FN.

Qu'on se rassure, cela ne me réjouit guère de voir que beaucoup d'ouvriers sont aujourd'hui attirés par le vote FN. Cela me réjouit d'autant moins que je suis un enfant de la classe ouvrière. Ce que je remarque, c'est que la stigmatisation, hier comme aujourd'hui, a surtout pour objet d'en faire une classe à part, une sous-classe qui ne vote pas comme il faut. Une classe dangereuse en somme qui votait communiste hier et maintenant FN. Comme si cette stigmatisation, ce mépris, n'était pas également, une des causes du rejet de la politique des classes populaires, et de leur vote extrême.

Donc, depuis ce matin, dans tous les journaux d'informations à la radio, on nous bassine avec un sondage selon lequel 36 % des ouvriers s'apprêteraient à voter pour Marine Le Pen en 2012. 36 % ! Le chiffre est énorme et il confirme bien ce que l'on veut que vous compreniez : ces gens-là sont dangereux, ils ne comprennent rien à la politique, et si demain Mme Le Pen est au second, ce sera de leur faute, parce qu'ils auront mal voté.

Certes, ils auront mal voté. Mais ils ne seront pas responsables de la présence ou non de Mme Le Pen au second tour. La faute reviendra à tous ceux qui depuis trente ans par leurs politiques libérales et antisociales tuent la politique, à la gauche qui n'a plus de gauche que le nom, à la droite qui n'a plus aucun dessein pour le pays et s'est vendue aux lobbies en tous genres. Le vote FN est d'abord le résultat de 30 années de démission de la classe politique dans son ensemble. Pointer du doigt les électeurs FN, c'est botter en touche, éviter de regarder les vrais problèmes, et au fond, les conforter dans leur idée.

Leur idée, justement parlons-en. L'objectif de ce pseudo sondage est aussi de mettre dans toutes les têtes cette idée : les ouvriers votent massivement FN. Ben tiens ! Il paraîtrait même qu'ils avaient voté massivement Sarkozy en 2007, sauf qu'aucune enquête d'après scrutin ne le confirme, chez les ouvriers et les employés, Ségolène Royal est majoritaire.

Donc, ils seraient 36 % à vouloir voter pour Marine Le Pen ! Bienheureux les ouvriers qui à plus d'un an de la présidentielle savent déjà ce qu'ils vont voter ! Ce sont bien les seuls ! C'est d'autant plus méritoire qu'on ne sait toujours pas qui sera candidat. Mais au fait, c'est qui les ouvriers dont parle sondage ? Parce qu'en 1936 ou en 1968, la classe ouvrière, on voyait bien qui elle concernait, mais aujourd'hui ? Le jeune qui travail dans un centre téléphonique, la caissière de Carrefour, le travailleur saisonnier à la montagne ou dans l'agriculture, l'intérimaire, ces gens-là, ils sont considérés comme faisant parti de la classe ouvrière par le sondage ? Parce que si de fait ce ne sont pas des ouvriers, du point de vue économique et social, ils en ont tous les attributs.

Déjà, on voit que les ouvriers, ce n'est pas très clair comme définition, d'autant plus que beaucoup d'ouvriers ne sont pas Français, et donc ne votent pas. D'ailleurs, à ce sujet, il est bien de noter que le seul chiffre vraiment intéressant ne nous ait pas donné : combien parmi ces ouvriers interrogés vont s'abstenir ? Quand on sait le rejet de la classe politique parmi les classes populaires, on se doute que ce chiffre doit être élevé, et il vient de surcroît changer l'affirmation de départ. En bref, il ne faudrait pas dire qu'une grosse part des ouvriers voteraient Le Pen, mais qu'une grosse part des ouvriers qui votent le ferait pour Mme Le Pen.

La vérité, celle qui dérange et qu'on ne veut pas dire, c'est que Mme Le Pen ou les autres, c'est pareil, les ouvriers n'en veulent plus. Ils ne veulent plus de ce système ! Et plutôt que de stigmatiser les classes populaires, il serait peut-être plus intéressant d'essayer d'apporter des réponses concrète à la montée du vote FN dans les urnes. Et de montrer du doigt un des vrais danger de la démocratie : les sondages bidons.

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