Maintenant que les élections cantonales sont passées, il est évident que pour la quasi totalité des politiques et des médias, c'est la campagne présidentielle qui commence. Non pas encore ce moment qui en principe devrait consister en un grand débat d'idée, mais cette période faite d'incertitudes ou chacun essaie encore de faire son trou dans sa formation politique pour espérer en être le représentant. Ce temps qui durera grosso modo jusqu'à la fin de l'année est avant tout un combat de personnalités, un combat mouvant dont personne ne connaît l'issue. Pour cette raison, il est illusoire, voire malhonnête de sonder les Français sur ce qu'ils feraient dans un an. Par contre, à l'heure actuelle, dans chaque camp, dans chaque formation politique, il existe des paramètres dont chacun devra tenir compte pour la compétition à venir. C'est à partir de ces paramètres que je vais essayer de faire mon petit tour d'horizon.

C'est à l'UMP que la situation paraît la plus compliquée, et pourtant, c'est la qu'elle est la plus limpide. Terriblement impopulaire, coincé entre une gauche qui fait office de recours naturel, et une extrême-droite qui lui siphonne son électorat le plus radical, le parti au pouvoir aborde la présidentielle alors qu'il est en mauvaise posture. Malgré 4 années de pouvoir absolu, il n'y a pas ou presque de bilan à défendre, tant tout ce qui a été entrepris a échoué. La majorité, jusque là soudée derrière son chef commence à se diviser et des voix discordantes commencent à se faire entendre. Et pourtant, devant ce qui apparaît comme un champ de ruines, les données sont claires à l'UMP : Nicolas Sarkozy sera le candidat de l'UMP, tout simplement parce qu'il n'y en aucun autre qui soit crédibles. Messieurs Fillon ou Juppé dont on prononce depuis peu les noms ne sont que des constructions médiatiques, qui n'ont jamais rien gagné, et qui ont, du moins pour Juppé, déjà été massivement rejeté par les Français.

Le problème principal de Mr Sarkozy vient du faire qu'il n'a pas de réserves pour le second tour. C'est pourquoi, il s'évertue dans un premier temps à essayer d'éviter toute autre candidature à droite ou au centre, qui l'affaiblirait encore plus. Mais dans un second temps, et c'est le sens du fameux discours de Grenoble et de toute la politique ultra-sécuritaire qui a suivi, la droite contribue à faire remonter le FN. L'objectif n'est pas tant de faire disparaître le PS du second tour (la victime pouvant tout aussi bien en être la droite), mais de bénéficier d'une réserve de voix suffisante entre les deux tours. La stratègie est risquée, d'autant plus que les cantonales en ont montré les limites. Et rien n'indique que le voix portées sur la candidate FN se porteront à droite au second tour.

La situation de l'opposition socialiste est à l'exact opposé. Au vu du rejet profond de l'actuel président, et du fait qu'il n'y a pas d'autre recours possible, l'élection ne devrait pas en principe leur échappé. Sauf qu'avec les socialistes Français, rien n'est jamais simple. Pour l'instant, il y a pléthore de candidats, ce qui renvoie l'image d'un parti divisé, sans tête. Les désormais fameuses primaires vont renforcer ce sentiment, mais elles auront aussi l'avantage de focaliser l'attention sur le PS pendant de longs mois. A partir de novembre, les données seront bien plus claires, et l'on saura si le candidat PS choisi a la capacité réelle pour l'emporter.

Auparavant, les socialistes devront résoudre devant l'opinion deux équations. La première sera d'expliquer à un pays dont tout indique qu'il souhaite plus de protectionnisme, qu'il désire s'éloigner de ce libéralisme qui fait tant de mal, pourquoi il faut voter pour un candidat qui s'est prononcé pour le oui au traité constitutionnel et le oui au traité de Lisbonne. De Strauss-Kahn à Aubry en passant par Royal ou Hollande, ils ont tous cela en commun. La seconde équation vient de la nature même du scrutin qui est un rapprochement entre un homme et un peuple, tel que le voulait le général De Gaulle. Or, la stratégie socialiste qui consiste à décider collectivement d'un projet avant même de connaître la personne qui devra le porter, cette stratégie est contraire à la logique même de l'élection présidentielle.

 La présidente du FN n'a pas les problèmes de l'UMP ou du PS. Elle est la candidate de son parti et est d'ores et déjà en campagne. En plus de cela, elle bénéficie d'une certaine aura médiatique, assez incompréhensible en soi, puisque si la forme a changé, le fond est bien le même qu'à l'époque de son père. Force est de reconnaître que la progression de Mme Le Pen est impressionnante, et qu'à l'heure actuelle, elle semble inarrêtable. Mais ça, c'est la conjoncture au mois d'avril. D'ici l'automne, les autres participants à la course à l'échalotte présidentielle seront connus, les machines PS et UMP vont se mettre en marche avec les courbettes médiatiques qui vont avec. Autre problème pour Mme Le Pen, son irruption sur la scène médiatique se fait trop loin du scrutin.En 2012 elle ne profitera pas de l'effet de surprise dont avait bénéficié son père 10 ans plus tôt. Au contraire, cette présence continue sous les sunlights l'expose, et elle devra elle aussi répondre de son programme, ou plutôt de son absence de programme pour tout ce qui touche aux vraies questions des Français : le chômage, le logement, les retraites, les services publics. L'immigration et la sécurité en font certes partie, mais ne suffisent pas pour être crédible. Il n'empêche, Mme Le Pen doit d'abord son succès actuel au rejet du reste de la classe politique. En principe, Nicolas Sarkozy ne sera pas plus populaire dans 6 mois, quant aux socialistes, il y a tellement de flou autour d'eux, que tous les espoirs sont permis à l'extrême-droite.

Avec l'extrême-droite, l'extrême-gauche et la gauche radicale devraient normalement avoir eux aussi le vent en poupe dans cette période de crise. Sauf que là aussi, rien n'est jamais simple. Le Front de gauche a certes affiché de bons résultats aux cantonales, résultats en forte progression, ce qui prouve qu'il y a bien une réelle attente d'une partie des Français de ce côté-là du spectre politique. Malheureusement, comme en 2007, c'est bien le risque de la division qui plane au-dessus des têtes. La division et une interrogation : le PCF qui n'a pas de candidat crédible et porteur d'espoir, comme on l'a vu en 2002 et 2007, aura-t-il le courage de soutenir une personnalité qui n'est pas issue de son parti ? Si tel était le cas, Jean-Luc Mélenchon, puisque c'est de lui qu'il s'agit pourrait bien bien bouleverser la donne. A l'instar du FN, il s'inscrit lui aussi dans une certaine radicalité, sauf que celle-ci est rassembleuse et s'appuie sur la crédibilité d'un programme politique ancré dans les réalités.

 Les écologistes quant à eux ont ceci de commun avec les communistes qu'ils sont porteurs d'une idée forte. Une idée qui de plus est dans l'air du temps et bénéficie de l'actualité. Eux aussi surfent sur les succès des derniers scrutins. Mais chez les écologistes, les travers une fois chassés reviennent toujours au galop. En se regroupant au sein d'Europe-écologie, la famille écologiste voulait en finir avec les divisions. Elles reviennent par l'entremise d'un animateur télé dont l'intégrité écologique est parfois ambigüe. Mais peu importe, dans 6 mois, gageons que les écolo seront aux aussi prêts. Comme les socialistes, ils devront se confronter à leur difficulté majeure : défendre une idée dans un scrutin qui privilégie une personnalité.

Pour finir, je dirai un petit mot de cette nébuleuse que l'on appelle les centristes. Divisés, sans projet, même s'ils ont un ou plusieurs candidats, je ne les voie ps exister en 2012. Encore faut-il se méfier de François Bayrou, le phénix pouvant renaître de ses cendres une fois de plus, même s'il me semble bien qu'il a laissé passé sa chance en  2007, le fond de l'air en 2012 étant vers plus de radicalité.