9 Novembre 1989 : victoire de la liberté. Mais de quelle liberté parle-t-on ?
Pour tous ceux qui étaient sur un île déserte ces derniers jours, ou qui sortent d'un coma profond et donc ne seraient pas au courant : aujourd'hui, cela fait 20 ans que le mur de Berlin est tombé. Il s'agit d'être bien sûr que tout le monde a compris que le peuple allemand a vaincu le diable communiste pour conquérir sa liberté. Par conquête de liberté, on sous-entend que le capitalisme a gagné, mais attention, il ne faut surtout pas prononcer le mot. En ces temps de crise, c'est vulgaire et tabou, il suffit juste de retenir l'idée que c'est le meilleur système économique et qu'il a vaincu.
Pourtant, j'aimerais que l'on m'explique pourquoi moi qui n'ai jamais vécu que dans le monde dit libre, je ne me sens pas toujours aussi libre qu'on aimerait que je le sois. En effet, tous ces journalistes, ces politiciens qui festoient en choeur à Berlin, de quelle liberté parlent-ils ?
- De la liberté de la presse ? Mais lisez vos journaux, regardez vos télévisions, écoutez vos radios, à quelques exceptions prés, ils disent tous la même chose depuis plusieurs jours. Les mêmes anecdotes ressassées à volonté, les mêmes personnalités interviewées partout. Bref, la voix de son maître est partout, et la seule différence avec la presse aux ordres qui existait sous l'ancienne RDA, c'est qu'aujourd'hui, les journalistes auraient la possibilité de faire autrement, mais qu'ils n'utilisent plus cette liberté.
- De la liberté de travailler ? Il n'est qu'à voir les charrettes de licenciements tous les jours, pour comprendre que là-aussi, parler de liberté est un leurre. Par contre, la liberté d'exploiter les autres existe bien elle.
- De la liberté de se déplacer où l'on veut ? C'est sûr, on peut aller où l'on veut quand on veut, à condition d'en avoir les moyens, ce qui élimine d'ores et déjà beaucoup de personnes. Et puis, même dans ce pays qui est censé être celui des droits de l'homme, si vous n'avez pas les bons papiers, ce droit là n'existe pas pour vous.
Bref, les européens de l'est ont juste fait tomber des dictatures, ils n'en sont pas plus libres pour autant. Il serait bon de temps en temps de rappeler que la plupart des intellectuels russes ou d'Europe de l'est qui étaient rentrés en dissidence, se battaient contre le régime communiste, mais pas forcément, loin s'en faut, par adhésion au capitalisme. Lequel n'est pas la liberté !



