Charles Pasqua condamné, Jacques Chirac renvoyé en correctionnelle, le verdict attendu en janvier pour Dominique de Villepin dans l'affaire Clearstream. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cela va mal pour la Chiraquie en ce moment.

Mais si toutes ces affaires sont importantes, la seule qui fasse vraiment peur à l'ensemble personnel politique, c'est celle dite de l'Angolagate dans laquelle est impliquée Charles Pasqua. Elle fait peur parce que ce sont 20 années de pratiques politiques qui sont mises au ban des accusés. Mais elles font surtout peur parce qu'il s'agit de Charles Pasqua et qu'il sait beaucoup de choses. Or, celui-ci apparaît déterminé à ne pas tomber tout seul. D'où son appel pathétique à ce qu'on lève le secret-défensesecret-défense. Pathétique parce qu'il sait très bien que tous vont se déclarer favorables à cette demande, mais que personne ne le fera, tant il y a d'enjeux.

Toute l'histoire est donc montée en mayonnaise par l'ensemble de la presse depuis des jours, et cette affaire de pot de vin touché par des ventes d'armes prend peu à peu la tournure d'un scandale d'état.

Pourtant, il y a comme un malaise. Parce que finalement, que Pasqua soit condamné, lui qui a trempé dans à peu prés tout ce qui ne sent pas bon sous la cinquième République, il n'y a rien de choquant. Bien au contraire, on devrait même se réjouir que la justice fasse son travail (même si évidemment, ce n'est pas encore terminé, l'ancien ministre va faire appel, n'en doutons pas). Non, le malaise vient du fait que les commentaires portent tous sur les commissions et les pots de vin qu'auraient touchés ou pas le personnel politique. Alors que la vraie, celle qui devrait faire débat n'est pas celle-ci, mais une autre, bien plus importante et qui nous concerne tous : Pourquoi la France vend-elle des armes à l'Angola ?

C'est curieux, celle-là de question, personne ne la pose. Il est vrai que toutes les transactions tournant autour de l'armement sont particulièrement opaques, et qu'à chaque fois que la justice a réussi à mettre son nez dedans, elle a soulevé de sacrés lièvres : souvenons-noussouvenons-nous des frégates de Taïwan, et observons bien l'affaire des sous-marins pakistanais qui pointe son nez.

La vente d'armes n'est pas remise en cause dans ce pays parce qu'elle profite à tous, industriels et politiques. L'argument de la sauvegarde de milliers d'emplois n'est ici qu'une imposture, cela n'a pas gêné les politiques de fermer les mines et les hauts fourneaux. Là aussi, il s'agissait de milliers d'emplois.

Non, on continue de vendre des armes parce que les sommes d'argent en jeu sont colossales. Et peu importe que les fusils, les avions, les chars vendus servent à dégommer des populations innocentes. Eh oui, parce que les régimes qui achètent notre matériel militaire ne le font quand même pas pour décorer.

Alors, que Charles Pasqua soit condamné, c'est une bonne chose en soi. Mais cela l'absence de débat sur les ventes d'armes montre tout le chemin qu'il y a encore à parcourir vers une société vraiment humaniste, vers une société des droits de l'homme.