On se rappelle évidemment de la polémique qui a suivi la remise de la palme d'or à Cannes. Isabelle Huppert, présidente du jury avait été accusée d'avoir favorisé le film de Michael Haneke. Il faut dire que le cinéaste lui a offert certains de ces plus grands rôles. Pourtant, à la vision du film, il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'une grande oeuvre, du moins sur le plan artistique et formelle. Par contre, on est droit de s'interroger sur le fait que la thèse défendue par le film n'est pas fait plus de débat. Si polémique il aurait dû y avoir, c'est celle qu'on attendait.

En 1913, dans un petit village allemand, plusieurs évènements dramatiques vont venir perturber la vie bien rodée des villageois. Des enfants violentés par des inconnus, une grange qui brûle, un câble qui tue un cheval. Personne ne sait qui en est l'auteur, du coup la suspicion règne.

Haneke réussit un film esthétiquement sublime. Le choix du noir et blanc va magnifiquement avec le propos, et l'utilisation de la lumière est en permanence judicieuse. Le propos du film, par contre, se veut beaucoup plus direct, et assume la polémique qu'il recherche.

La thèse de Haneke pourrait se résumer à peu près à ceci : l'éducation rigoriste, l'austérité dans laquelle les enfants allemands de cette époque grandissaient, est une des raisons de l'éclosion du nazisme dans ce pays qui était pourtant un des plus cultivés d'Europe.

L'Allemagne décrite ici est encore proche du Moyen-âge, le baron y a encore quasiment droit de vie ou de mort sur ces serviteurs. Il fait parti avec le pasteur et l'instituteur des notables du village. La religion est omni-présente et les plaisirs sont sinon bannis, du moins sérieusement restreints. C'est dans cette ambiance peu chaleureuse que vivent les enfants du village. Pour échapper à cette vie oppressante et humiliante, ils ne trouvent qu'un moyen, celui de la violence.

Pour Haneke, on a inculqué la haine de l'autre à ces enfants qui avaient entre 10 et 15 ans en 1914, donc trente ans environ au moment de l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Cette absence totale de chaleur humaine, de gestes d'amour, cette éducation qui ne connaît que les châtiments corporels et les humiliations aurait permis au pire de naître.

Evidemment, cette thèse est contestable, parce que simpliste. Pour autant, à l'instar de Günter Grass en littérature, Haneke a le mérite d'interroger les fêlures de la société allemande, et surtout de regarder en face la religion et de l'interroger sur ces propres responsabilités. Il faut voir ce film, parce qu'il permet de penser, de débattre, donc d'avancer.

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