C'est officiel, la France à l'instar des autres pays européens est entrée en récession, la ministre de l'économie vient de prononcer le mot. Cependant, même si la situation n'est pas florissante en France, on remarque que notre pays résiste mieux que d'autres. Il doit en grande partie cette résistance à son modèle social et à l'importance de ses services publics pourtant tellement décriés. Pourtant, si on excepte la Grèce et l'Islande, deux pays à la situation particulière, la France est la seule grande nation en proie à d'importantes turbulences sociales qui menacent de déraper en un grand conflit majeur. Il y a, à mon avis, plusieurs explications à ce paradoxe apparent :

1) En France, contrairement à d'autres pays, la réalité de la crise a longtemps été niée par les autorités, créant ainsi un décalage profond entre ce que vivent et ressentent les Français, et les discours officiels.

2) Depuis bientôt 2 ans, le gouvernement a mis en route de très nombreuses réformes qui modifient profondément l'organisation socio-économique de notre pays. Si certaines d'entre elles avaient au départ l'assentiment de la population, la méthode employée pour les faire passer fait qu'au final, elles sont toutes ou presque devenues impopulaires. Il n'y a pour ainsi dire aucune concertation, toutes les réformes sont décidées d'en haut, sans que jamais les acteurs de terrain ne soient consultés.

3) L'obstination du pouvoir à ne pas intégrer un volet concernant le pouvoir d'achat pèse lourdement sur le climat social. D'autres pays, comme le Royaume-Uni, l'Espagne ou encore l'Allemagne l'ont fait, garantissant ainsi momentanément la paix sociale, ainsi qu'ils sont dans un marasme économique bien plus profond que nous. En France, la plupart des aides sont perçues comme des cadeaux faits aux entreprises, notamment les banques, à l'origine de la crise. Cela induit un fort sentiment d'injustice.

4) Le mécontentement est très fort dans les Antilles françaises, il faut y voir je crois, une résurgence du passé colonial de la France, passé que nous n'avons jamais eu le courage de regarder en face. L'élection de Barack Obama fêtée avec joie dans ces régions nous renvoie à nos manquements en matières d'égalité sociale et d'intégration des minorités. Ce malaise des DOM-TOM, pourrait gagner les banlieues métropolitaines,où il est regardé de prés, et où la crise de l'automne 2005 n'a jamais été traitée. Tout ceci est explosif a plus ou moins long terme.

5) En confisquant le pouvoir, en réduisant à néant le rôle du premier ministre, en affaiblissant les ministres, Nicolas Sarkozy dénature la cinquième République et perturbe profondément la vision politique des Français. De plus, en multipliant les discours non suivis d'actes, il contribue à rendre inaudible la parole politique.

6) La faiblesse de l'opposition, l'absence de projet alternatif crédible, la mise sous tutelle de tous les contre-pouvoirscontre-pouvoirs, tout cela fait que la rue devient peu à peu le dernier moyen d'exprimer sa colère et son désarroi. Rajouté à cela une répression de plus en plus mal vécue par la population, on comprend que des partis aux propos plus radicaux aient une écoute favorable en ce moment.

Alors que tout laisse penser que le gouvernement souhaite éviter une explosion sociale, celle-ci n'a jamais semblé aussi proche, à cause notamment de la façon qu'a Nicolas Sarkozy d'exercer le pouvoir. Les prochains jours  seront déterminants, mais il me semble probable que l'on ne pourra pas éviter une forte déflagration sociale.