rêver de nouveau

Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. (Aimé Césaire)

28 avril 2008

La mort programmée du commerce de proximité.

Madame Lagarde, notre ineffable ministre de l'économie vient de présenter son plan pour relancer la croissance. Parmi les principales mesures, on en trouve une particulièrement inquiétante, et qui fait la part belle à la grande distribution.

Selon le gouvernement, une des raisons de la crise du pouvoir d'achat est que les prix ne peuvent pas baisser pour cause de situation de monopole des grandes surfaces dans nombre de communes. Il faudrait donc recréer de la concurrence en rendant plus facile leur implantation. Comme si la France n'était pas suffisamment équipée en supermarchés de toutes sortes.

Même en admettant, comme le prévoit le gouvernement que cela contribuera réellement à faire baisser les prix, et créera de nombreux emplois, le coût économique et social des dommages collatéraux risque d'être exorbitant.

En effet, il y aura des emplois créés, mais lesquels, quand on sait que le secteur de la grande distribution paie très mal ses employés et multiplie les temps partiels non voulus. Et combien de commerces de centres villes seront obligés de fermer leurs portes, ne pouvant résister à une telle concurrence. Un économiste à parler de 200 000 créations d'emplois possibles. Mais combien de supprimés ? Combien de centres villes, de villages risquent de se retrouver désertés ? Sachant en plus qu'avec le petit commerce, il n'y a pas que les emplois qui disparaissent, mais également tout un lien social, et parfois aussi tout un savoir-faire.

Mais ce n'est pas tout, carrefour, Auchan et autres, on le sait font souvent pression sur les petits fabricants pour pouvoir proposer des produits moins chers. Mais à force de toujours tirer les prix vers le bas, les petits fournisseurs n'auront bientôt plus d'autre choix que de déposer le bilan ou de dé-localiser. A force de toujours tout vouloir payer moins cher, ce sont les emplois d'ici qui disparaissent. Plutôt que de payer les choses moins chères, ne faudrait-il pas les payer le juste prix, celui qui permettrait au producteur, au distributeur et au consommateur d'y trouver leur compte. En favorisant à outrance la grande distribution comme cela semble être le cas, le gouvernement privilégie un des acteurs au détriment de tous les autres.

Enfin, je terminerai cet article par une réflexion. Nicolas Sarkozy promettait il y a encore peu de construire une politique de civilisation. Il semble que pour lui, la civilisation se résume à consommer toujours plus. Peut-on me dire où cela mène de toujours consommer plus ? Ne serait-il pas préférable de consommer mieux, et surtout de réapprendre à vivre ensemble ? Vivre sans toujours consommer.

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18 avril 2008

Aimé Césaire

aime_cesaireNon, ce blog ne pouvait pas ne pas rendre hommage à l'un des plus grands humanistes de notre époque.

Puissent ses écrits et sa parole rester encore longtemps présente en nous.

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16 avril 2008

Le combat ordinaire

images_4_images_5_larcenet3larcenet_2Le tome 4 de cette bande dessinée vient de sortir, et à l'instar des trois premiers, il est magnifique, quoique beaucoup plus sombre.

Le dessin peut dérouter au-dessus, mais finalement, la forme tassée de ses personnages renforce le côté humble et sympathique qu'il veut leur donner. Car si le Combat ordinaire a pour sujets les relations père : fils et le monde ouvrier, il parle surtout des petites gens et de la société actuelle.

Je crois que cette bande dessinée ne peut pas se raconter, mais chacun peut se retrouver dedans, tant les situations, les dessins, les mots choisis sonnent toujours justes et résonnent encore bien longtemps après la lecture.

Ce qui est fort chez Larcenet, c'est qu'il ne se contente pas de parler de lui ou de se mettre en scène par l'intermédiaire de son personnage, non les situations qu'il dépeint confinent à l'universalité. Bref, c'est splendide, et à lire absolument.

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15 avril 2008

La gauche a perdu les élections en Italie.

Les élections générales viennent d'avoir lieu en Italie, et le désolant verdict en est que pour la troisième fois, Silvio Berlusconi, l'inventeur du Bling-bling, le roi du conflit d'intérêt va diriger la péninsule italienne. Mais dans un pays qui connaît une grave crise économique, politique et sociale, à l'intar de ce qui se passe en France, il m'a semblé intéressant d'analyser les résultats et de voir ce qu'ils pouvaient enseigner aux autres européens.

Tout d'abord, il est à noter que l'abstention est en forte hausse, ce qui est un signe sinon de rejet, du moins de défiance à l'égard des politiques. Comme en France en 2002 ou en Allemagne après l'épisode Schröder, cette montée de l'abstention intervient après un épisode où la gauche était au pouvoir. Et dans les trois cas, mais on pourrait en trouver d'autres (Clinton par exemple), ce qui a caractérisé ces gouvernements, c'est leur alignement sur les politiques libérales, poussant une partie de leur électorat vers l'abstentionnisme.

L'autre fait marquant de ce scrutin, est le bipartisme qui désormais règne en Italie. Dans un pays qui s'est toujours caractérisé par l'éparpillement des voix et par des majorités incontrôlables, il s'agit d'une énorme nouveauté. Malheureusement, il ne s'agit pas de deux partis frontalement opposés, puisque les programmes étaient très proches. Beaucoup plus qu'un débat d'idées, cette élection a été un combat d'hommes. Comme en France, aux Etats-Unis, en Espagne ou dans la plupart des pays occidentaux. La doctrine libérale ne fait plus débat, elle est désormais acceptée par tous, partout, tout juste s'écharpe-t-on désormais sur le degré d'enfoncement dans ce libéralisme.

Le pendant du bipartisme, est la quasi disparition de toutes les autres petites listes, et particulièrement de l'extrême-gauche et de parti communiste. C'est un véritable tournant pour ce pays. Mais là aussi la comparaison avec la France est pertinente. Quand le PCF où les communistes italiens acceptent d'aller au pouvoir dans des coalitions hétéroclites, ils en sortent toujours laminés. Les faits montrent qu'au final ils pèsent peu sur les politiques menées et sont confrontés à un dilemme : se renier et trahir une partie de leur électorat, ou bien apparaître comme les diviseurs. Le succès de Die Linke en Allemagne ou la montée du parti de Besancenot en France, qui sont sur des positions de non compromission et non alignement avec les partis de gouvernement montrent bien que l'espace contestataire à gauche existe.

La victoire de Silvio Berlusconi enfin, à l'instar de Bush, Sarkozy, ou Merkel, elle s'est d'abord construite sur l'échec de la gauche et sur l'incapacité de celle-ci à construire une alternative crédible au libéralisme mondialisé, et à protéger les populations les plus vulnérables sensées être le coeur de son électorat. En plébiscitant les candidats de la Ligue du Nord, parti réactionnaire, autonomiste et antiéuropéen, les électeurs italiens signifient bien qu'ils ne donnent pas un blanc-seing à Berlusconi. Mais ici comme ailleurs, faute de propositions constructives et concrètes de la gauche, c'est toujours le plus populiste des candidats qui l'emporte (fut-il soi disant de gauche, comme Blair en Angleterre).

Ce qui est étonnant, c'est que scrutin après scrutin, pays après pays, les leçons sont toujours les mêmes, les électeurs attendent de la gauche qu'elle soit de gauche. On peut même penser que normalement elle devrait avoir des boulevards électoraux devant elle. Pourtant ce n'est pas ce qui se passe, et en France comme ailleurs les dirigeants socialistes s'échinent à faire des appels du pays au centre. Alors que la voie à suivre semble claire, il faut cesser de donner des gages aux plus libéraux, et rééquilibrer les pouvoirs économiques dans un sens de plus d'équité et de partage avec les salariés.

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11 avril 2008

Un pouvoir de plus en plus coupé des réalités sociales

Cela avait commencé juste après l'élection présidentielle avec le vote de la loi TEPA (le fameux paquet fiscal), perçue comme un magnifique cadeau aux plus fortunés alors que la droite avait réussi à rallier à elle une part importante des classes populaires dont les aspirations étaient opposées. C'était le premier signe que ce nouveau pouvoir était éloigné du terrain et ne connaissait en rien les réels problèmes des Français.

Mais depuis, les éléments se sont accélérés, ressemblant parfois à du mépris voire de la provocation. Alors que le gouvernement communique quasi quotidiennement sur l'état alarmant des finances, multiplie les coupes budgétaires et les appels à des restrictions draconiennes, nous avons un président qui s'exhibe en croisière ou en vacances de luxe, une ministre de la justice qui dilapide son budget en frais de réception, un ministre des DOM-TOM qui dépense en un seul voyage en jet privé l'équivalent de plusieurs années de salaire d'un modeste ouvrier.

Mais rien y fait, ni les protestations des syndicats et de l'opposition, ni la baisse dans les sondages, ni la défaite aux élections municipales. Non, le gouvernement continue à s'entêter à ne pas entendre le cri lancinant des Français : le problème majeur est celui du pouvoir d'achat. Désormais, on parle de supprimer la carte familles nombreuses à la SNCF, d'augmenter encore le prix du gaz, de durcir les conditions des chômeurs, ou de retarder l'âge de la retraite. Bref, on nous explique que devant une situation économique difficile, se sont surtout les petites gens et les classes moyennes qui doivent se serrer la ceinture. Peu importe que GDF fasse de mirobolants bénéficies, peu importe que les suppressions de postes dans la fonction publique soient très chères à payer à l'avenir. Mais surtout, alors que dans le même temps, les grandes entreprises continuent à annoncer des profits colossaux, il n'est jamais question de les mettre à contribution.

Seulement, attention, il est des signes qui ne trompent pas sur l'humeur des Français, des signes beaucoup plus pertinents que des sondages. Les handicapés ont manifesté, les retraités aussi, qui n'ont d'ailleurs jamais été aussi nombreux. Maintenant c'est le tour des lycéens, et chacun sait dans ce pays que lorsque la jeunesse est dans la rue, cela peut vite tourner au blocage du pays. Et ce n'est pas tout, des manifestations sur le sujet des retraites sont à prévoir, sans compter qu'il y a de plus en plus d'entreprises privées qui se mettent en grève pour des augmentations de salaires.

Si le gouvernement ne modifie pas rapidement son discours et ses actes, tout porte à croire que la situation sociale est explosive. Et les commémorations des 40 ans de mai 68 qui arrivent ne risquent pas d'apaiser les tensions.

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09 avril 2008

L'éducation, sujet toujours sensible

En France la sujet de l'enseignement a souvent été la cause de grand débats nationaux voire d'affrontement. On croyait les choses atténuées, mais depuis quelques années la tension est fortement remontée. La cause en est évidente, la société Française étant dans une crise identitaire profonde, l'Education Nationale qui en constitue le noyau fondamental en ressent forcément les soubresauts.

D'autant plus qu'il a d'abord été de bon ton de régler chaque problème par des enseignements supplèmentaires à l'école. On a ainsi dans un premier temps surchargé l'école de notions et de domaines qui n'étaient pas forcément de son ressort. Mais peu à peu les choses se sont compliquées, car dans le même temps la logique économique a tout emporté sur son passage. Et c'est ainsi que sans diminuer la charge de travail (bien au contraire), on retire peu à peu les moyens financiers et humains à l'école publique.

L'école qui pour beaucoup de classes populaires a longtemps représenté un espoir, une possibilité pour les enfants de voir des conditions de vie meilleures que pour les parents, l'école devient aujourd'hui le réceptacle de toutes les angoisses sociales, de toutes les frustations. Et le corps enseignant reçoit cela de plein fouet, d'autant plus qu'il ne se sent absolument pas soutenu par l'Etat.

A sa mesure, en toute modestie, et à son corps défendant, ce petit blog est également le témoin de cette situation. En juin 2007, Nicolas Sarkozy avait fait un discours où il exposait ses vues sur la politique éducative. J'avais à l'époque rédiger un article sur ce discours où je parlais de retour vers l'école du XIXème siècle. Qu'elle ne fut pas ma surprise de constater que depuis lors et jusqu'à ce jour, il s'agit de l'article le plus consulter sur ce blog. Les recherches faites par la pluaprt des internautes qui passent par des moteurs de recherche contiennent les mots "ecole au XIXéme siécle". Je ne sais pas encore si cela signifie que la plupart souhaitent un retour vers une école plus conservatrice, où au contraire si beaucoup ont peur et ressentent le recul actuel en matière de politique éducative.

Hier, j'ai commis un nouvel article pour indiquer en quoi j'estimais que l'Education Nationale était en crise, et pourquoi elle devait redevenir une priorité nationale. Et il s'est trouvé un lecteur pour laisser plusieurs messages assez directs contestant mes positions (libre à lui, il a bien le droit, et je lui répondrais évidemment). Mais ce qui m'a surpris ce n'est pas tant le nombre de nouveaux commentaires que ces messages ont suscité, mais la rapidité avec laquelle ils sont arrivés, et surtout la force des propos, la justesse des commentaires, comme si ce nouveau lecteur avait touché une corde sensible (au passage, je suis fier d'avoir de tels lecteurs, merci à vous).

il y a toujours eu des choses à redire sur la politique éducative évidemment, mais je situerais clairement l'accentuation du problème au moment de l'arrivée de Claude Allègre à ce ministère. Ministre arrogant, il n'a fait qu'annoncer ce qui se passe aujourd'hui : suppressions de postes, de matières enseignées, mépris des professeurs, refonte totale des programmes dans un sens manquant clairement d'ambition, etc.

Mais attention, ce sujet est sensible, l'histoire de ce pays nous le prouve. Et les réactions ici même souvent le fait de personnes non enseignantes, prouve qu'une partie des Français serait prête à se mobiliser pour défendre l'idée qu'il se font de l'Education Nationale. Les lycéens ont d'ailleurs déjà commencé. Je crois que les habitants de ce pays ont peur de voir détruit une des choses qui leur tient à coeur et qui jusqu'à maintenant  a été un des ferments de la nation française. Avant de supprimer trop de postes, messieurs Sarkozy, Fillon et Darcos devraient y réfléchir.

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08 avril 2008

Défendre l'Education Nationale doit être une priorité.

Je l'ai déjà dit sur ce blog, mais je le répète, ce gouvernement mène une lutte des classes. Et ce qui symbolise cette lutte ce sont les attaques contre l'éducation et la culture.

Si on relit les travaux d'Emmanuel Todd, on s'aperçoit que les grandes révolutions dans l'histoire de l'humanité ont toutes à voir avec la progression du taux d'alphabétisation des populations ou avec l'augmentation de leur niveau de connaissances.

Depuis la fin du XIXème siècle, en rendant l'école obligatoire, en facilitant l'accès à l'enseignement secondaire puis universitaire aux couches populaires, les conditions matérielles et sociales de la population ont pu s'améliorer progressivement. Je n'occulte pas évidemment que d'autres facteurs extérieurs ont souvent prévalu, mais l'élévation du niveau de l'instruction y a contribué.

Or, que constate-t-on aujourd'hui ? On supprime des postes de professeurs, on supprime certains enseignements, notamment dans les sciences sociales, les programmes sont revus à la baisse. Il fut même question un moment de remettre les enfants au travail dès 14 ans (cela a peut-être même été fait, je ne me souviens plus).

A l'heure où les mesures sécuritaires sont en constante inflation, à l'heure où il faut 3 000 policiers pour protéger une flamme, l'éducation, la progression du niveau de l'instruction n'est plus un enjeu. Et quand on sait que le patronnat soutien la politique actuelle du gouvernement, et l'encourage même a aller plus loin, on comprend mieux le but ultime de tout cela : une population moins cultivée, moins instruite sera beaucoup plus encline à travailler dans des conditions de plus en plus pénibles qui peu à peu se rapprochent de celles que l'on connaissait au XiX ème siècle.

Alors oui, pour nos enfants, pour les générations futures, l'éducation et la culture pour tous doivent redevenir des priorités. Il faut sortir de cette société où seuls ceux qui pourront se payer les meilleurs écoles auront des situations confortables.

Les mobilisations lycéennes actuelles ne sont pas comme on le lit ici où là, un moyen pour les jeunes de s'amuser et de ne pas aller en cours. Non, pour beaucoup, à 16, 17 ou 18 ans, ils ont déjà une conscience politique et ont compris une grande partie des enjeux qui se jouent. Il faut les soutenir.

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05 avril 2008

La droite veut construire des ghettos.

Hier, vendredi 4 Avril 2008, Nicolas Sarkozy a présenté le plan d'économies du gouvernement, plan que l'on qualifiera de rigueur. Ces économies, il devient de plus en plus évident que pour en faire, le meilleur remède serait que Nicolas Sarkozy reconnaisse son erreur initiale et revienne sur le fameux paquet fiscal, sorte de cadeau aux plus riches de 15 milliards. Au lieu de cela, le chef de l'Etat et le gouvernement s'entêtent et présentent une série de réformes qui risquent la plupart du temps d'accentuer les inégalités, voire d'en créer de nouvelles.

Dans toutes ces réformes, le logement tient une bonne place. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les projets évoqués ne vont pas dans le sens de la mixité sociale. Ce n'est d'ailleurs pas étonnant car il semble évident que Nicolas Sarkozy éprouve de l'admiration pour le modèle anglo-saxon basé sur le communautarisme.

L'Etat propose donc deux mesures phares, baisser le plafond de ressources pour les accédant au logement HLM, et augmenter fortement les surloyers pour ceux qui occupent déjà ce type de logement et dont les revenus se sont améliorés ces dernières années.

A première vue, tout cela semble frapper du sceau du bon sens, et devrait permettre de réserver aux plus pauvres les habitats sociaux. On peut d'ailleurs croire que le gouvernement est sincère quand il parle de justice et de plus grande équité.

Mais voilà, en réservant ces logements aux plus nécessiteux, on s'arrange dans le même temps pour chasser les classes moyennes. Le risque est donc fort de créer des ghettos de pauvres comme si l'exemple calamiteux que l'on connaît avec certaines cités ne suffisait pas. En regroupant dans les mêmes quartiers des familles à grandes difficultés, on leur permet certes d'être logées décemment, mais surtout on les stigmatise.

Je suis de ceux qu'y pense que l'accumulation de misère aux mêmes endroits est une des causes des émeutes de l'automne 2005. En encourageant la mixité sociale, le gouvernement permettrait une certaine émulation sociale et ferait repartir l'ascenseur social, à l'image de ce qui se passait dans les années 50 ou 60. Je crains fort que sous prétexte d'économies et de justice sociale, nous ne soyons en train de mettre en place les problèmes de demain, et que ceux-ci seront autrement plus dures car ils se grefferont à ceux d'aujourd'hui.

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04 avril 2008

La France risque de payer cher les fonctionnaires qu'elle économise aujourd'hui

C'était attendu, Nicolas Sarkozy a annoncé aujourd'hui le plan d'économies de l'Etat Français (il s'agit en fait d'un plan de rigueur, même si la droite se refuse à l'appeler ainsi). Et sans surprises, une grande partie des économies se fera en ne remplaçant pas un fonctionnaire sur deux.

Soyons clair, je ne nie pas que dans certains secteurs une réforme de l'Etat soit nécessaire et que celle-ci débouche par des suppressions de postes. Ne serait-ce que pour s'adapter aux transformations sociales et démographiques que connait notre pays. Mais cette réforme nécessite un travail de longue en amont, un dialogue permanent avec les partenaires sociaux. Cela nécessite aussi que l'on accepte que certains secteurs sont prioritaires ou en sous-effectifs : l'Education Nationale dont les conditions de travail sont de plus en plus difficiles, ou la justice en proie à une judiciarisation de la société, par exemple.

Malheureusement, ce n'est pas ainsi qu'a procéder le gouvernement. Tout se passe comme si les réductions du nombre de fonctionnaires, ministères par ministères, étaient décidées dans l'urgence et au coup par coup. Sans aucune réflexion sur ce qu'est le service public et sur son avenir. Les seuls arguments donnés sont d'ordre économique : la situation financière est délicate, et comme la France a beaucoup de fonctionnaires (ce qui reste à prouver), il faut donc dégraisser.

Mais c'est la même antienne qui revient depuis des années dans la bouche des dirigeants de droite (et malheureusement parfois de gauche) : la France a trop de fonctionnaires ! C'est oublier de dire que la droite est au pouvoir sans discontinuer depuis 2002. C'est aussi oublier que les fonctionnaires ne sont pas les seuls responsables de l'Etat calamiteux des finances. C'est l'Etat qui a donné 15 milliards d'euros en cadeaux fiscaux pour les plus riches. C'est l'Etat qui exonère les sociétés de charges sociales au nom de la lutte contre le chômage, exonérations qui manquent dans les différentes caisses et creusent les déficits. C'est l'état qui préfère construire des sous-marins nucléaires plutôt que des écoles ou des hôpitaux.

Certes, diminuer le nombre de fonctionnaires rapportera de l'argent à l'Etat. Mais à quel prix si demain les entreprises manquent de personnel qualifié car l'Education Nationale n'aura pu faire correctement sa mission, si demain les ghettos sociaux se multiplient, si seule une population aisée pourra se soigner, si la justice croulant sous les dossiers ne pourra plus être rendue.

A l'heure où des citoyens se battent contre la fermeture de leurs hôpitaux, de leurs écoles, de leurs palais de justice, à l'heure où des villes de banlieue paupérisées n'ont toujours pas de commissariat, réduire les dépenses de l'Etat, supprimer des postes risque de plonger la société française dans une crise encore plus profonde et grave que celle qu'elle connaît actuellement.

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03 avril 2008

Sarkozy veut que la France réintègre l'OTAN.

En 1966, sous l'impulsion du Général de Gaulle, la France a quitté le commandement militaire de l'OTAN. En affirmant ainsi son indépendance face à l'hégémonie américaine d'après-guerre, le Général de Gaulle a permis à son pays de peser sur la scène diplomatique internationale.

Cette voie de l'indépendance face aux deux grands blocs, aucun des successeurs du Général ne l'a remise en cause. C'est désormais chose faite, et c'est un membre d'un parti qui se dit gaulliste qui le fait.

En annonçant que la France pourrait rejoindre le commandement militaire de l'OTAN dés 2009, Nicolas Sarkozy fait beaucoup plus qu'un revirement atlantiste, il tourne le dos à tout ce qui a fait la politique étrangère de la France depuis 40 ans.

Mais, en plus de cela, il le fait à contresens de l'histoire. La France réintègre l'OTAN alors que cette organisation, créée à l'origine pour faire contrepoids à l'URSS, n'est plus que le bras armé des Etats-Unis, et que l'on voit mal à quoi elle sert aujourd'hui si ce n'est à faire de l'ombre à l'ONU. Nous allons rejoindre l'OTAN au moment où les pays occidentaux sont de plus en plus contestés, notamment dans les pays musulmans, et où la voix discordante de la France aurait toute sa place.

Nicolas Sarkozy, grand admirateur des Etats-Unis, est en train de faire de la France un vassal de l'Amérique néo-conservatrice de Bush. Mais au mauvais moment, quand ce dernier s'en va pour laisser la place à un président qui sera de toute façon plus ouvert sur le monde, et quand la place des Etats-Unis dans l'économie mondiale est en train de s'effondrer à l'instar de ce qu'avait prédit Emmanuel Todd.

Alors que la mauvaise politique économique et sociale de Nicolas Sarkozy a plongé la France dans la morosité, il s'avère aujourd'hui qu'il est aussi un bien piètre diplomate.

Posté par leunamme à 20:53 - International - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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