29 février 2008
Tout est dans la question !
Selon un sondage Ifop pour le Figaro, une majorité de Français sont d'accord avec la loi sur la rétention de sûreté. Rien n'est étonnant puisque dès que l'on touche à la question de la sécurité, c'est toujours l'opinion la plus conservatrice qui l'emporte. Nicolas Sarkozy le sait bien, lui qui a surfé sur cette vague pour se faire élire. Le résultat ne surprend donc pas, mais on peut s'interroger sur la finalité de ce sondage. Puisque personne n'ignorait la réponse, il devient clair que son utilisation ne pouvait être que politique, et légitimer le recours du président de la République contre l'avis du Conseil Constitutionnel. On essaierait donc de nous manipuler. Et ce sentiment est renforcé quand on étudie de façon approfondie les questions posées.
1ère question : "Le Parlement a récemment adopté la loi sur la rétention de sûreté.
Cette rétention de sûreté vise à maintenir, à l’issue de leur peine, dans
des « centres socio-médicaux-judiciaires » des personnes condamnées
à une peine de réclusion criminelle supérieure ou égale à 15 ans et qui
représentent à l’issue de leur peine une probabilité élevée de récidive.
Approuvez-vous ou désapprouvez-vous cette mesure visant à instaurer
le principe d’une rétention de sûreté" :
Déjà, l'intitulé parle de "centres socio-médicaux-judiciaires", mais ne dit pas ce que c'est. Ni s'ils existent, et encore moins comment ils seront financés. Le sondé est donc amené à se déterminer sur quelque chose qu'il ne connaît pas. Ensuite, il est affirmé que la personne présente une forte probabilité de récidive. Comment un sondé peut il répondre non dans ces conditions, puisque personne ne lui dit comment on sait que cette personne va récidiver.
2 ème question : "A propos de l’instauration du principe d’une rétention de sûreté, êtes
vous tout à fait d’accord, plutôt d’accord, plutôt pas d’accord ou pas
d’accord du tout avec les phrases suivantes ?
La rétention de sûreté va diminuer le taux de récidive en
maintenant en détention les criminels toujours
dangereux à l’issue de leur peine" :
Un criminel qui est en prison ne va pas récidiver. La réponse à cette question ne peut qu'être oui, puisqu'il s'agit d'une vérité.
La rétention de sûreté est une atteinte aux libertés car elle
condamne de nouveau des individus ayant
déjà effectué leur peine de prison :
Posée ainsi, la réponse devrait être non. Sauf que cette question arrive juste après la précédente, et donc il ne peut s'agir que de criminels dangereux. Mais une fois de plus, personne ne dit comment on sait qu'ils le sont, et personne n'indique si l'Etat a fait le nécessaire pensant la période d'enfermement pour qu'ils soient soignés.
A propos des personnes actuellement détenues pour une peine
supérieure ou égale à 15 ans et qui présentent une probabilité élevée
de récidive en sortant de prison, de laquelle des deux opinions
suivantes êtes-vous le plus proche ?
Au nom du principe de non-rétroactivité
d’une loi, on ne peut pas appliquer cette loi
instaurant la rétention de sûreté
Il faut appliquer dès maintenant la rétention
de sûreté à ces personnes pour éviter qu’elles
récidivent
La réponse ne peut qu'être favorable à la deuxième affirmation. Quelle est la part des sondés qui sait ce qu'est le principe de non-rétroactivité, et combien sont capable de dire en quoi sont non-respect peut être grave en matière de droits humains. Céder sur ce principe une seule fois serait créer une brèche qui en amènerait d'autres. Déjà, Mme Morano propose que l'on étudie tous les cas où la loi pourrait être rétroactive, sans que cela ne nuise aux droits de l'homme. Sauf que c'est la mise en cause de la loi qui est une atteinte aux droits de l'homme.
Ce sondage est donc une escroquerie manifeste, puisque la plupart des sondés sont amenés à ce prononcer dans un délai rapide sur des questions importantes, complexes qui méritent explications et réflexion. Mais, il n'est probablement pas dans l'intérêt des commanditaires d'expliquer, ce serait prendre le risque d'avoir une réponse différente. Tout comme Mr Sarkozy sait d'ailleurs très bien qu'il aura l'assentiment de la population sur ces questions, puisqu'à l'instar des médias, il se contentera de rester au niveau de l'affectif. Rien n'est fait pour donner aux Français l'ensemble des enjeux sur ces questions. Et à ceux qui le font, il est facile de les renvoyer à leur manque supposé de compassion envers les victimes. Alors qu'il ne s'agit nullement de droit des victimes, mais de la protection des libertés fondamentales de chacun d'entre nous.
Commentaires
Tu as tout à fait raison de dire que c'est le simple fait de poser la question de remise en cause de la non rétroactivité de la loi qui est une atteinte aux droits de l'Homme. Ce qui "m'étonne" c'est que personne ne pose le principe que la prison doit faire plus pour éviter la récidive, mais il faut de l'argent et on ne veut pas en mettre là (quand on voit que les prisonniers s'entassent…). Donner à penser que l'on peut évacuer le risque est dangereux…
Le principal facteur de récidive est... la prison.
Non pas qu'il faut supprimer cet outil, mais il faut l'utiliser pour mettre en place l'accompagnement qui est soi disant prévu dans les centres de rétention.
Pourquoi attendre 15 ans (pour un prisonnier qui purge une peine de 15 ans...) pour le soigner (puisque nous sommes dans le cas de figure de gens à soigner) ???
Quand à la délinquance et la récidive, lorsque l'on rouait de coups et à mort les condamnés en place de grève, il y avait plus de crimes à Paris que maintenant... Il n'y a aucun effet de la peine sur la criminalité, pas plus que l'abolition de la peine de mort -merci Robert Badinter, merci François Mitterrand-, n'a entrainé la recrudescence de crimes dont parlait violemment une partie de la droite et l'extrême droite.
Merci pour cet article. Je remarque que pour le Traité de Lisbonne nous avons été muselés, que pour la Chambre Constitutionnelle bafouée nous ne sommes pas descendus dans la rue et que si ça se passait dans un pays dirigé par un dictateur nous en ferions à juste titre nos choux gras. What else ?
Oui, dès que ça va mal pour Sarko, Nico remet le couvert avec la sécurité ...il sait que ça paye !
A Gilles et Jihelpe,
vous avez raison, tant que l'on ne s'attaquera pas réellement au problème des prisons, on ne résoudra rien en matière d'insécurité.
A Lois,
Oui, mais la constitution, le Conseil Constitutionnel sont des choses abstraites pour un maximum de gens. Par contre, le pouvoir d'achat lui est bien concret à la fin de chaque mois. Alors si le gouvernement continue de faire la sourde oreille sur de vraies négociations salariales, si les scandales financiers continuent, si le patronat se montre toujours aussi désinvolte, alors là oui, la rue pourrait bien parler.
A Tietie 07,
Oui ils essayent encore l'insécurité, sauf que ça ne marchera pas cette fois-ci, les Français ont d'autres priorités. Je pense même que cela pourrait apparaître comme une tentative de diversion.
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