rêver de nouveau

Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. (Aimé Césaire)

12 novembre 2007

la loi sur l'autonomie des universités.

mouvement__tudiantJ'avais, dès le début de l'été, déjà eu l'occasion d'exprimer toute la défiance que m'inspirais cette loi. Je n'ai évidemment pas changé d'opinion. Mais alors que le gouvernement pensait que les choses étaient réglées sur cette réforme, les étudiants semblent décidés à finalement la remettre en cause. Le sujet revenant d'actualité, j'ai cru bon de refaire un point sur les raisons de mes réticences.

La méthode tout d'abord. Tout le monde s'accorde pour dire que la crise de l'enseignement supérieur est très forte, et que seule une remise à plat de tout le système, concertée avec l'ensemble des partenaires concernés peut la relancer. Ce n'est pas la voie qui a été choisie par le gouvernement. Il a préféré aller vite, s'engager sur une réforme a minima, laissant de coté des questions importantes comme les conditions de vie des étudiants, l'échec scolaire, le délabrement des locaux, les conditions de travail des enseignants, la fuite des cerveaux, la désertion de certaines filières.

De plus, la date choisie pour le vote du texte, au beau milieu de l'été, n'avait qu'un but : éviter tout remou au niveau des étudiants. Cela a eu comme effet de donner l'impression que le gouvernement agissait en catimini, ce qui aujourd'hui contribue au renforcement du mouvement.

Enfin, le manque de concertation avec l'ensemble des acteurs, a été dénoncé dès le mois de juin par les syndicats étudiants et enseignants, mais aussi par les chercheurs, via "Sauvons la Recherche". Au passage, on peut s'interroger sur l'attitude du principal syndicat étudiant, l'UNEF, pourtant tellement en vue dans la lutte contre le CPE. Après avoir exprimé de fortes réserves sur le projet de loi, ils ont finalement signé un accord où le gouvernement ne leur offrait que quelques concessions à la marge. Et aujourd'hui, ils rejoignent le mouvement, tout en continuant d'affirmer qu'il est impossible d'obtenir le retrait de cette loi. Derrière ces tergiversations, on peut y voir une méthode qui a déjà été utilisée par Mr Fillon dans le passé, celle de la division syndicale en s'appuyant sur des organisations moins promptes à s'engager dans des conflits.

Mais la méthode, pour contestable qu'elle soit, ne peut justifier à elle seule ce mouvement étudiant. Ce qui préoccupe, et à juste titre, une partie de notre jeunesse, c'est l'idéologie sous-jacente à cette loi.

Dans la logique gouvernementale, autonomie signifie que les présidents d'université seront responsables du budget de leurs universités. Charge à eux donc, de trouver des partenaires privés qui financeront en partie certains enseignements.

Les risques sont multiples. En premier lieu, on met ainsi fin au principe d'égalité républicaine sur l'ensemble du territoire. Les universités situées dans des régions peu industrialisées, avec peu d'entreprises seront défavorisées, donc dévaluées.

En permettant aux entreprises de rentrer de façon importante dans le financement de l'enseignement universitaire, on prend le risque, à terme de les voir s'immiscer dans le contenu des enseignements. Quel intérêt aura une université de prévoir tel ou tel cours si aucune entreprise ne le finance ? Seules les matières rentables économiquement pourront avoir de l'avenir dans un tel système. On voit mal comment les sciences humaines, par essence peu rentables économiquement, mais si importantes pour la cohésion sociale, le développement de l'esprit critique, pourraient subsister.

La meilleure solution pour l'université aurait été d'entreprendre un travail de longue haleine sur 1 an ou 2 ans avec les syndicats étudiants et enseignants. Donc, tout remettre à plat, mais surtout, que l'Etat réinjecte de l'argent, beaucoup d'argent, et il n'est qu'à voir l'état de délabrement de certains bâtiments pour voir à quel point c'est nécessaire. Mais la présente loi signifie plutôt pour beaucoup, que l'Etat va se désengager au profit du privé.

Enfin, je terminerai par une remarque. Comme d'habitude, les médias Français jouent à merveille leur rôle de chiens de garde en répétant à longueur d'ondes que les mouvements sont noyautés par l'extrême gauche. Elle est évidemment présente dans les assemblées générales, mais c'est quand même donner beaucoup d'importance à des mouvements qui n'ont au plus que quelques milliers de militants, loin d'être tous étudiants.

Posté par leunamme à 18:21 - Education - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Bien d'accord avec vous sur les problèmes de méthode, rapidité, manque de concertation, etc. Par contre ne jetons pas la pierre à la ministre, une seule loi aussi développée fût-elle, n'entendait pas résoudre l'ensemble des problèmes de la recherche et de l'enseignement supérieur avec ceux des étudiants en prime. D'autres chantiers sont prévus pour ces derniers, consultez le site du ministère. On peut regretter (c'est mon cas, et pas seulement parce que je suis concerné) qu'ils n'aient pas démarré plus tôt étant donné l'urgence de la situation de certains étudiants, mais ne disons pas qu'ils sont délibérément ignorés.
Par ailleurs dans sa conception, certains des problèmes que vous soulevez (par ex. délabrement des locaux) sont censés être résolus par la nouvelle autonomie des universités ; on peut discuter du bien-fondé de cette assertion (car c'est en effet critiquable), mais on ne peut pas dire que la question ait été "laissée de côté".
Il y a beaucoup de malentendus à propos de la situation de la recherche et de l'enseignement supérieur en France, chez tous les intervenants et de quelque "bord" qu'ils soient. Je ne détaillerai pas plus car je vais commencer à publier sous peu une série d'articles sur le sujet sur mon blog, que je vous invite à venir commenter pour enrichir le débat et faire avancer les choses.
Je dirai juste que si cette loi comporte des points insatisfaisants voire dangereux (au moins "potentiellement", comme vous le disiez au sujet des projets de MM Darcos & Sarkozy dans l'éducation nationale), elle en contient également des bons, et la situation est plus nuancée que certains ne voudraient le dire...
Nous aurons l'occasion de reparler de ces sujets.
PS1/ Pourriez-vous me dire où vous avez trouvé la notion de sélection ? Je n'ai plus le texte sous les yeux, mais il me semblait qu'elle avait été retirée justement sous la pression des syndicats & autres acteurs au début de l'été...
PS2/ Sans généraliser, je serais moins catégorique que vous sur l'absence de noyautage de certains mouvements de blocage par l'extrême gauche...

Posté par florent, 12 novembre 2007 à 21:41

A Florent

Je repondrai plus tard à votre commentaire. Simplement, sur la sélection, il s'agit d'une erreur de ma part, j'en étais resté au projet initial. Je vous prie de m'en excuser, et vous remercie de l'avoir pointé.
Je retire donc ce passage.
A bientot

Posté par leunamme, 12 novembre 2007 à 22:42

Méthode !?

Bonjour Leunamme,

Tu as raison de parler tout de suite de méthode...

C'est à la méthode que l'on entrevoit le produit fini.

Cela fonctionne comme cela dans tous les processus qualités, financier, industriels ETC.

C'est la méthode qui offre la garantie.

A ce titre une méthode efficace est reproduite...

Pour compléter mon propos, il faut rentrer la notion de "position" c'est à dire comment on se situe par rapport à la finalité de l'ensemble...

Par ex : dans une négociation une partie trouve la méthode bonne l'autre pas : objectif ... synchronisation des partenaires, sinon clash tout de suite !

Le gouvernement Sarkozy pratique toujours la même méthode depuis 6 mois.

Partant d'une constat plus ou moins juste et prenant la part non concernée des Français à témoin, il impose sans concertation une solution erronée et arbitraire... étrange non ?

Si j'étais machiavélique je me dirai que c'est une bonne méthode pour foutre le feu au pays afin d'imposer des solutions encore plus erronés pour les un et avantageuses pour les autres.

Seulement, je suis un citoyen de base avec une formation en gestion des organisations et je me pose juste une question :

Comment ces gens si bien formés peuvent ils à ce point faire autant d'erreurs ?

Voilà !

Si je manque de clarté, tu me le dis. je compléterai.

Cordialement

Bises à toute et tous

Eric Bloggeur Mulhouse

PS : pour ceux qui veulent en savoir un peu plus... Jacques DONZELOT "L'invention du social"

Posté par Eric citoyen, 13 novembre 2007 à 08:46

Je ne crois pas qu'ils fassent une erreur, bien au contraire, ils sont en position de force par rapport à l'opinion. Donc ils passent sans concertation pour faire passer un maximum de choses. Et si il y a de la contestation, on peut facilement revenir à la table de négociation, avec l'aide des médias, cela n'appraitra pas comme un recul.
C'est exactement ce qui se passe avec les cheminots.

Posté par leunamme, 14 novembre 2007 à 21:54

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=295538&pid=6864563

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :