rêver de nouveau

Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. (Aimé Césaire)

21 juin 2007

Les Français, peuple constant !

Et si contrairement à tout ce que l'on nous dit, les français n'étaient pas versatiles, mais bien constants, voire têtus dans leurs votes. Si à chaque fois ils ont voté pour des majorités ou des bords politiques différents, n'ont-ils pas cependant toujours voulu exprimer la même chose, une volonté de plus de sécurité devant l'avenir, et ce depuis 1981.

Reprenons le cours de l'histoire. Le 10 mai 1981, pour la première fois sous la cinquième République, la gauche arrive au pouvoir. Pendant presque deux ans, sous l'impulsion de Pierre Mauroy, la politique menée sera réellement une politique de gauche, faite de social, d'aide aux plus démunis et droits nouveaux pour les travailleurs. Cependant, avec l'aggravation de la crise économique, la montée du chômage (véritable échec de la gauche), et surtout la fuite des capitaux à l'étranger, Mauroy et Mitterrand vont être contraints de prendre deux décisions importantes pour l'avenir de la France : la première, celle de rester dans le serpent monétaire européen est de jouer le jeu de l'Europe coûte que coûte, la seconde, celle de faire rentrer la France dans une politique d'austérité. En plus d'un fort taux de chômage, les Français devront supporter un gel des salaires. En 1984, Laurent Fabius arrive à Matignon, s'en est alors fini d'une politique sociale ambitieuse, le virage à droite du parti socialiste est désormais entamé, il ne s'arrêtera plus.

En 1986, lors des législatives, la droite est portée au pouvoir, malgré un score moins élevé que prévu. Si on ne peut parler de réelle sanction pour la gauche, c'est tout de même un sérieux avertissement. Commence donc la première cohabitation, avec cependant une grande nouveauté, grâce à la proportionnelle (et à un petit coup de pouce de Mitterrand), l'extrême droite entre à l'assemblée et en même temps dans le jeu politique. Mais la droite au pouvoir va mener une vraie politique libérale, privatisations, suppression de l'autorisation administrative de licenciement, suppression de l'impôt sur la fortune. Ce sera un véritable échec, tant sur le plan économique que du point de vue de l'opinion. Il faudra désormais attendre plus de 20 ans pour voir un leader de la droite assumer ses choix libéraux.

En 1988, Mitterrand remporte de nouveau l'élection présidentielle. Rocard arrive à Matignon, avec des ministres centristes. L'idée d'une gauche qui change le monde est définitivement enterrée, elle se contentera seulement d'essayer d'atténuer les maux de ce monde-là. Rocard va créer le RMI, gérer plus ou moins bien le chômage, mais renoncer à affronter le capitalisme et revenir sur quasiment aucune des mesures de Chirac, pourtant tellement contestées par la gauche auparavant. Rajoutées aux désillusions politiques et économiques, à deux autres premiers ministres médiocres (Cresson et Bérégovoy), se greffent les affaires judiciaires. Les législatives de 1993 seront elles une vraie sanction contre cette politique de renoncement : la claque est magistrale, moins de 60 députés pour le parti socialiste.

Arrivent les présidentielles de 1995, et un gros malentendu. La gauche est trop faible, et part de trop loin pour l'emporter. La lutte se fera donc à droite entre Balladur, soutenu par Sarkozy, et plutôt estampillé libéral, et Jacques Chirac que personne ne voit gagner. Il aura pourtant l'intelligence fabuleuse de comprendre et de formuler le souhait des Français, c'est à dire plus de garanties en matière économique et sociale. Il lance alors l'idée de la fracture sociale, contre le libéralisme de Balladur, mène une campagne sur sa gauche et l'emporte. Mais très vite, les Français vont s'apercevoir de leur erreur. Chirac ne peut pas mener une politique à laquelle une grande partie de sa majorité ne croit (et peut-être lui-même non plus).

Après la dissolution ratée de 1997, c'est le retour de la gauche. Mais du bout des lèvres seulement. Elle n'obtient pas la majorité des suffrages et ne doit sa victoire qu'à la montée en puissance du Front national. Le vote protestataire devient le premier vote en France. Et ce d'autant plus que Jospin qui promettait le retour du social, va privatiser comme personne avant lui, baisser les impôts, préparer le terrain pour les fonds de pension, ainsi que la privatisation d'EDF et GDF, mais surtout, il ne fait rien pour sauver les retraites et la sécurité sociale.En gros, il fait rentrer de plain-pied la France dans la mondialisation libérale. La réponse de l'électorat prendra la forme d'un coup de tonnerre : la gauche sera absente du second tour de la présidentielle pour avoir failli à sa parole.

Mais s'ils ne voulaient plus de cette gauche, les Français ne voulaient plus non plus de Chirac (et probablement encore moins de Le Pen au second tour). Cela n'empêchera pas la droite de croire qu'elle a tous les pouvoirs (de fait elle les avait, mais pas moralement), et de continuer cette politique créatrice d'inégalité et de précarité. A toutes les élections intermédiaires; les Français diront encore non, en réélisant la gauche qui aura le tort de croire que c'était un vote d'adhésion.

Arrivent enfin les élections de 2007, avec deux candidats, l'une de gauche, mais qui se rapproche clairement du centre, et va tenir des positions qui vont effrayer et repousser toute une partie de son électorat. L'autre, qui assume clairement être de droite et va rassemblé clairement une grande partie de son camp en jouant sur l'idée de la rupture. Entre deux candidats qui leur font peur, les électeurs ont peut-être choisi celui qui les effrayaient le moins. Ils n'ont en tout cas pas voulu prendre le risque d'être déçus une fois de plus par la gauche.

Cependant le résultat du second tour des législatives me laisse penser que s'ils ne sont peut-être pas encore complètement revenus de Sarkozy, les Français n'en attendent déjà plus grand-chose. J'ai le sentiment que depuis 25ans les électeurs n'ont pas rejeté systématiquement la droite et la gauche, mais les politiques qu'ils ont mené, tout simplement parce que c'étaient peu prou les mêmes.

Posté par leunamme à 00:07 - considérations générales - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

En 2007, une candidate qui renie maintenant son projet présidentiel, qui défendait des idées auxquelles elle ne croyait pas et le reconnait aujourd'hui pleinement. J'ai été alors trompée comme d'autres dans mon vote.

Posté par Amélie, 21 juin 2007 à 13:27

Trompée?

Ségolene Royal n'était pas candidate libre aux présidentielles, mais représentait le PS. Son programme était, à défaut d'être LE SIEN à part entière, le programme du partis socialiste. Elle a rempli sa mission en laissant ses idées de coté et en défendant les idées et le programme de son partis.
Moi je ne pense pas avoir été trompée.

Posté par val, 21 juin 2007 à 16:30

A amélie et Val

la différence entre sarkozy et royal, c'est que lui décidait de tout dans son parti. Il a défendu et assumé son projet. ce n'est pas le cas de Segoléne Royal qui a été désignée après le vote du projet socialiste, projet dont elle a toujours dit qu'elle ne soutenait pas tout. Ce désaccord s'est retrouvé sur toute la campagne, et se regle aujourd'hui.
Ceci dit, j'ai voté royal aux deux tours, même si j'étais loin d'être d'accord avec elle sur tout, cependant, en explosant les vieux schémas du PS pendant la campagne, elle a apporté du sang neuf à gauche.
Je pense être idéologiquement beaucoup plus à gauche qu'elle, mais je sais pertinemment qu'une élection se gagne à droite.

Posté par leunamme, 21 juin 2007 à 18:13

Ben pareil...

Moi aussi j'ai voté Ségo aux deux tours. Pourtant, comment dire? Avant l'année dernière je ne l'aimais pas beaucoup. Tout comme toi leunammme je suis bien plus à gauche qu'elle (si il y avait eu un adversaire moins dangereux à droite j'aurai voté verts ou PC au 1er tour).
Seulement, Ségolène fait non l'unanimité mais une grande majorité parmis les militants, donc...

Posté par val, 21 juin 2007 à 22:30

Au départ, je ne voulais pas voter pour elle (j'ai toujours eu un faible pour le petit Besancenot), mais ce qui m'a décidé, c'est que je ne voulais pas que la gauche ne soit pas au second tour, et puis, j'aurais bien aimé qu'une femme soit présidente, même si cela ne fait pas très politique comme argument.

Posté par leunamme, 22 juin 2007 à 00:03

Tout comme toi :D !!!!
Moi aussi besancenot je l'aime bien.. un rêveur, utopiste, plein de conviction, de rage de militer, plein de colère envers la misère.

Par contre, j'ai été décue que ces trois la ne trouvent pas un accord pour ne présenter qu'un seul et unique candidat ! Je pense que ça donnerai plus de poids aux voix de gauche!!!

Posté par val, 22 juin 2007 à 11:51

Ce qui signifie que si elle avait été élue elle aurait mené une politique en laquelle elle ne croyait pas ? Royal essaie juste de rejeter la faute sur les autres, je l'ai vu défendre le smic à 1500 euros avec ferveur et fierté. D'ailleurs sur d'autres sujets elle ne s'est pas genée durant la campagne présidentielle pour outrepasser l'avis du parti, je pense à l'encadrement militaire des mineurs par exemple. Ce qu'elle essaie de faire aujourd'hui ce n'est qu'une pirouette pour au final mieux prendre la tête du parti... J'ai l'impression d'avoir été pris pour un con, et plus jamais je ne m'engagerais derrière quelqu'un en qui je ne crois pas pleinement.

Posté par Guillaume, 22 juin 2007 à 17:29

La réponse aux problèmes de la gauche se trouve peut-être en Allemagne, où l'alliance entre les dissidents de lagauche du parti social dmocrate se sont alliés avec les anciens communistes. Ils sont donnés a 24 % des voix dans les sonddages. C'est à dire, qu'ils deviendraient la troisième force politique du pays, et serait incontournables pour les sociaux democrates s'ils veulent retrouver le pouvoir.
En Allemagne la bataille des idées politiques va de nouveau pencher à gauche.

Posté par leunamme, 22 juin 2007 à 19:57

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